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BGE Ms. fr. 76, fol. 45

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J'ai des papiers de famille – que faire ?

Le décès d'un être cher, une succession sans héritiers directs, un déménagement, le simple besoin de faire de l'ordre, autant de raisons de se séparer d'objets et de souvenirs. Parmi ces souvenirs figurent souvent des papiers ou archives de famille; ces archives se composent généralement de plusieurs types de documents:

– Des pièces que l'on garde comme souvenir et qui servent de support à la mémoire: des albums de photos, des cahiers scolaires, de la correspondance familiale, parfois même des récits de voyage ou des textes de nature autobiographique, des journaux intimes par exemple.

– Des documents que l'on garde pour des motifs juridiques ou administratifs: des extraits d'état civil, des copies de contrats, des liquidations de successions, des titres de propriété, des diplômes, des papiers bancaires, des comptes de travaux sur la maison.

– Des documents de nature plus professionnelle, en relation avec l'activité exercée par l'un ou l'autre membre de la famille: des manuscrits de conférences, des notes de lecture, des manuscrits d'ouvres littéraires, scientifiques, musicales, de la documentation réunie pour étudier un sujet (coupures de presse, brochures et autres), des agendas, de la correspondance avec des collègues.

– Si un membre de la famille a été secrétaire ou président d'une association, ou d'une chorale, ou d'une amicale: des procès-verbaux de comités ou d'assemblées, des circulaires. Parfois ces papiers sont bien rangés, dans des dossiers et des cartons munis d'un titre. Parfois ils ont été mis en vrac dans des caisses, dans des tiroirs, sur les rayons d'une bibliothèque, et il est plus difficile de les analyser. Souvent, on se demande s'ils ont encore une utilité, s'ils peuvent intéresser quelqu'un ­ peut-être un historien des siècles à venir? Ne serait-il pas plus simple de tout jeter?

Jeter... ou conserver ?

La corbeille à papiers offre certes l'avantage de la rapidité et de la simplicité ! Mais. les générations futures ne nous reprocheront-elles pas la destruction? Avec les papiers, n'est-on pas en train de détruire une page intéressante ou importante de la mémoire du pays? Probablement ! Il n'y a pas que les personnes célèbres qui intéressent la postérité, bien au contraire.

Dans chaque canton, il existe des bibliothèques et des centres d'archives où travaillent des spécialistes prêts à prendre en charge les archives des particuliers pour les classer, les inventorier, les ranger dans des enveloppes et des cartons, et les mettre ensuite à la disposition des chercheurs intéressés, selon les conditions fixées d'entente avec les donateurs.

Les archives privées forment une part essentielle de notre patrimoine: provenant de familles, de particuliers, d'associations ou d'entreprises, elles permettent d'illustrer des aspects moins documentés de notre histoire. Quand il s'agit des papiers d'un professeur, d'un chercheur, d'une personnalité du monde intellectuel ou culturel au sens large, une bonne sauvegarde des archives assure la pérennité de son ouvre. D'autres chercheurs pourront l'étudier et s'en inspirer.

Voici quelques questions souvent posées à la Bibliothèque de Genève :

Q.: Quel est l'intérêt d'offrir des archives à la BGE ?
R.: Au Département des manuscrits, les archives sont cataloguées et conservées par des professionnels, dans de très bonnes conditions. L'institution a une grande renommée et accueille des chercheurs genevois et étrangers. Elle garantit la survie à long terme des archives qui lui sont confiées, et leur mise à disposition pour la recherche selon une déontologie stricte. En donnant ses papiers à la BGE, une famille ou une personnalité est assurée que ses archives permettront d'écrire l'histoire de notre époque, en mettant en lumière des aspects différents de ceux que l'on trouve dans les documents officiels.

Q.: Faut-il que je trie mes archives avant de les offrir à la BGE?
R.: Non. Les archivistes connaissent les méthodes d'évaluation et les besoins de la recherche. Ils sont formés pour sélectionner et trier les documents qui méritent sauvegarde. Vous risqueriez de détruire des pièces qui vous paraissent sans intérêt, mais qui, en fait, constituent des témoignages vivants.

Q.: Mes archives contiennent des documents confidentiels, je ne souhaite pas que n'importe qui y mette son nez.
R.: Les données personnelles sensibles doivent être protégées, conformément à la législation fédérale et cantonale. Vous pouvez accompagner votre don de restrictions d'accès, valables pendant une période à discuter avec la Bibliothèque.

Q.: Ne faudrait-il pas que je donne une partie de mes archives à une autre institution?
R.: Il est toujours dommage de disloquer un fonds d'archives. Un fonds d'archives est un ensemble de pièces de toute nature (papiers, images) que toute personne physique ou morale, ou tout corps administratif, a automatiquement et organiquement réunies en raison même de ses fonctions ou de son activité. Il doit conserver son intégrité. C'est le principe du respect des fonds. Un document d'archives se définit toujours par son contexte.

Q.: La famille aura-t-elle encore accès aux papiers, une fois qu'ils seront à la Bibliothèque?
R.: Oui !

Q.: Mes documents ont-ils une valeur marchande?
R.: Pour intéresser le marché du manuscrit, l'auteur du document doit être une personne célèbre. Les marchands dispersent les fonds, et un document acheté par un privé est le plus souvent perdu pour la recherche. Les propriétaires d'archives ont souvent une idée fausse de la valeur marchande des documents. Les employés de la BGE ne sont pas habilités à vous donner une estimation monétaire de vos papiers, mais peuvent vous donner leur avis sur leur rareté et leur intérêt. Monétariser les traces de la pensée humaine est toujours regrettable.

Q.: Puis-je bénéficier d'un dégrèvement fiscal en cas de don?
R.: Eventuellement. La loi genevoise sur la dation en paiement, du 1er décembre 1995 (loi D 3 35), et son règlement d'application, du 30 septembre 1996 (D 3 35.01), prévoient la possibilité que les droits de succession ou de donation entre vifs puissent être acquittés totalement ou partiellement au moyen de biens culturels.