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    BIBLIOGRAPHIE  
       

L’objectif de cette rubrique est d’offrir aux jeunes chercheurs, aux curieux, aux amoureux de Voltaire une série d’indications bibliographiques qui puissent leur permettre de trouver rapidement les informations souhaitées.

Elle se composera de listes d’ouvrages relatifs à la vie de Voltaire (études biographiques, monographies sur tel ou tel des amis ou ennemis du patriarche, etc.) et à chacune de ses œuvres principales.

 
     

Nous commençons aujourd’hui ce parcours bibliographique par quelques indications sur le Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas. Suivront prochainement le Dictionnaire philosophique, Candide, L’Orphelin de la Chine, et La Mort de César.

N’hésitez pas à nous indiquer toute publication que vous jugeriez intéressante !

 

Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763)


1. A propos du texte


1.1. Quelques éditions courantes

• L’édition que nous vous conseillons pour le Traité sur la tolérance est le petit volume réalisé par Jacques van den Heuvel et publié chez Folio (Voltaire, L’affaire Calas, préface de Jacques van den Heuvel, Folio classique n° 672). Ce volume a en effet le mérite de ne pas se limiter au Traité sur la tolérance, et inclut des textes aussi disparates que l’Histoire d’Elisabeth Canning et des Calas ou la Requête au Roi en son conseil et autres « pièces justificatives ». Le volume inclut de plus les Commentaires sur Beccaria (à ne surtout pas négliger : l’aspect proprement « juridique » de l’affaire Calas, qui occupe les premiers chapitres du Traité, peut très bien faire l’objet d’une investigation) et des textes relatifs à d’autres « affaires » de Voltaire (affaires La Barre et Lally).
• Il est à noter que l’édition critique du Traité sur la tolérance est parue à la Voltaire Foundation, à Oxford, dans le cadre de la publication des Œuvres complètes (Traité sur la tolérance, édition critique de John Renwick, The complete works of Voltaire, vol 56C, The Voltaire Foundation, Oxford, 2000). Une édition abrégée (également établie par John Renwick) a récemment été mise sur le marché.
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1.2. Que lire d’autre ?

• • Le Dictionnaire philosophique doit être un de vos livres de chevet. N’oubliez pas en effet que la première édition du Dictionnaire philosophique portatif date de juin 1764, quelques mois seulement après la publication du Traité et un an avant l’édition augmentée de 1765. Procurez-vous l’édition GF n°28 (chronologie et préface de René Pomeau) et commencez par lire les articles « religion » (p. 327 à 336), « superstition » (p. 357 à 360) et surtout « tolérance » (p. 362 à 368).
• Un des premiers textes à consulter est assurément l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, publié en deux gros volumes par René Pomeau, en 1963, chez Garnier. Cette édition, très riche à tous points de vue, est malheureusement difficilement accessible, sinon en bibliothèque (une bonne occasion de visiter les Délices ! ) Toutes les bases permettant d’établir ou de rétablir les informations et/ou renseignements dont disposait Voltaire lors de la rédaction du Traité sont pourtant contenues dans l’Essai.
• Autre ouvrage qu’il est difficile de ne pas se procurer : le volume de la Pléiade intitulé Mélanges, préfacé par Emmanuel Berl et aux textes établis par Jacques van den Heuvel. L’avantage est que ce volume regroupe tous les écrits de la période qui nous intéresse, ainsi que des textes plus anciens, mais dont la lecture reste des plus fécondes (Mélanges, préface par Emmanuel Berl, texte établi et annoté par Jacques van den Heuvel, Bibliothèque de la Pléiade, 1976).
• Ne négligez en aucun cas de vous plonger dans les volumes de la Correspondance établie par Théodore Besterman, premier conservateur des Délices, et partiellement reproduite dans la Bibliothèque de la Pléiade. La lecture des volumes VI (1760-1762) et VII (1763-1765) s’avère des plus utiles à l’étude des procédés de composition voltairiens et à celle de la réception des divers écrits relatifs à cette période. Et puis, ne boudons pas notre plaisir : certaines des formules de la Correspondance rachètent un peu l’austérité manifeste de quelques-unes des pages du Traité !

2. Etude contextuelle

2.1. L’affaire Calas

• Les ouvrages se proposant de présenter l’affaire Calas, d’en suivre tous les développements et d’en tirer tous les commentaires possibles sont innombrables. De cet océan nous vous conseillons de tirer le livre de Rémy Bijaoui, Voltaire avocat : Calas, Sirven et autres affaires, Tallandier, 1994. Intelligent ouvrage de vulgarisation, le livre de Rémy Bijaoui a un double avantage : il est d’abord très précis sur les faits, les interrogatoires, les procédures qui ont entouré la malheureuse aventure du roué de Toulouse ; il s’étend ensuite aux autres « affaires » traitées par Voltaire, fussent-elles moins susceptibles d’attirer le grand public (ainsi les affaires Martin ou Morangiès).
• Jetez un coup d’œil à l’ouvrage plus ancien de Marc Chassaigne, L’affaire Calas, Nouvelle collection historique, Drames judiciaires d’autrefois, 2ème série, n°3, Paris, Perrin, 1929. Il représente en effet un excellent exemple des passions encore suscitées, cent cinquante ans après, par la culpabilité supposée de Jean Calas.

2.2 Etude plus précise du contexte

• Une bonne entrée en matière pour l’étude du contexte religieux de la période qui nous intéresse est l’ouvrage historique de Pierre Chaunu, Madeleine Foisil et Françoise de Noirfontaine intitulé Le Basculement religieux de Paris au XVIIIème siècle et publié en 1998 chez Fayard. Vous pouvez parcourir l’ensemble du livre premier « Les fondements de la crise », rédigé par Pierre Chaunu, et notamment le tout premier chapitre (« Les racines ontologiques d’une crise », p. 21 à 52) très éclairant. Ne négligez pas pour autant le livre IV, presque exclusivement consacré au « roi Voltaire » (p. 385 à 470) et également rédigé par Pierre Chaunu.
• Toujours pour le contexte religieux, allez consulter le récent ouvrage de Monique Cottret, Jansénismes et Lumières, Pour un autre XVIIIème siècle, publié dans la collection « Histoire » chez Albin Michel (1998). Si quelques éléments d’analyse demeurent contestables, notamment vers la fin du livre, quelques chapitres restent d’une grande utilité : c’est le cas du premier d’entre eux (« Contre Pascal, Voltaire ouvre le bal », p. 23 à 50) et des trois chapitres qui composent la seconde partie du volume, intitulée « Rencontres » (« Contre les Jésuites », « Contre Meaupou », « Pour la tolérance civile », p. 117 à 213). Evitez la dernière partie (« Capillarités ») très discutable sur le fond.
• Le problème soulevé par les Juifs peut très bien alimenter un débat fructueux. Afin de faire le point sur cette question, allez voir l’ouvrage de B. Blumenkan, Histoire des Juifs en France, Toulouse, 1972, ou celui de S. Schwarzfuchs, Les Juifs de France, Paris, 1975, rééd. 1995. Celui des protestants est encore plus essentiel, en ce qu’il lie (ce n’est là qu’un exemple) la question de la prédestination à celle d’une émergence sociale très perceptible au temps de Voltaire : sur cette question, procurez-vous le livre de Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, collection « Agora », Pocket, 1994. Une bonne mise en perspective peut vous être encore fournie par l’ouvrage de Barbara de Negroni, Intolérances, catholiques et protestants en France,1560-1787, Hachette, 1996.
• Ne manquez pas de relire ce grand classique qu’est à présent La Philosophie des Lumières d’Ernst Cassirer (traduction de Pierre Quillet, collection « Agora », Fayard, 1966, nouvelle édition Fayard, 1983 ) et surtout le très bon chapitre IV « L’idée de religion », p. 193 à 262.
• Enfin, impossible de négliger les œuvres de Bayle et Locke. Pour le premier, difficile de ne pas renvoyer au livre extraordinaire d’Elisabeth Labrousse, Pierre Bayle, Hétérodoxie et rigorisme, ouvrage datant de 1964 mais réédité en 1996 dans la Bibliothèque de l’Evolution de l’Humanité chez Albin Michel. Cette somme de plus de six cents pages, et d’une lecture aisée, vous fournira tous les éléments nécessaires à une compréhension globale de l’œuvre de Bayle. Nous vous recommandons tout particulièrement le chapitre 18 (« Tolérance ecclésiastique et tolérance civile », p. 520 à 543). Pour le second, vous pouvez, si vous le désirez, vous limiter à l’édition GF de la Lettre sur la Tolérance, publiée en 1992. Cette édition a en effet le double mérite de fournir une introduction très suggestive (rédigée par Jean-Fabien Spitz) et des notes éclairantes.


3. Ouvrages et articles critiques

3.1. Autour de Voltaire

• La thèse de René Pomeau, La Religion de Voltaire, Paris, Nizet, 1969, rééd. 1995, reste incontournable. Très richement documentée, de lecture agréable, elle vous fournira tous les éléments indispensables à une mise en perspective du déisme voltairien dans le Traité sur la tolérance. René Pomeau ayant choisi de suivre la chronologie voltairienne, vous pouvez directement passer au chapitre III (« Delenda Carthago ») voire à la section relative à l'affaire Calas (« Septembre 1761 - janvier 1764 : l’affaire Calas »), p. 322 à 334. Evitez toutefois les pages 255 à 275, où il s’agit de savoir si Voltaire est un « sanguin » ou un « colérique »...
• Vous trouverez des éléments très intéressants dans le volume Voltaire et ses combats, Actes du congrès international Oxford-Paris 1994 publié en 1997 sous la direction d’Ulla Kölving et Christiane Mervaud, en deux volumes, à la Voltaire Foundation. Consultez notamment « Stratégies et statut de l’homme de lettres », « Justice et tolérance » ou « Voltaire et l’Infâme ». Voyez aussi le numéro 112 de la revue Raison présente, 4ème trimestre 1994, consacré à Voltaire, avec un remarquable article de Christiane Mervaud « La logique du combat contre l’infâme » (p.3 à 26) et des contributions de Marie-Hélène Cotoni, Georges Benrekassa, René Pomeau et Meng Hua.
• Signalons trois volumes qui, s’ils semblent un peu plus éloignés du Traité lui-même, peuvent néanmoins enrichir de manière non négligeable votre réflexion. Le premier est l’ouvrage de François Bessire, professeur à l’Université de Rouen, et intitulé La Bible dans la Correspondance de Voltaire (Voltaire Foundation, 1999) ; le second est le volume dirigé par J. Lenoir, La Tolérance ou la liberté ? Les leçons de Voltaire ou de Condorcet, éditions Complexe, 1997 ; le troisième n’est autre que le recueil d’articles dirigé par Michel Porret, professeur à l’Université de Genève, et intitulé Beccaria et la culture juridique des Lumières, Genève, Droz, 1997.

3.2. Autour de l’idée de tolérance

• Les premiers  documents à consulter sont  deux articles.  Le premier (en anglais) de Philip Stewart,
« Tolérance, tolérants, intolérants, tolérantisme » originellement présenté sous forme de simple communication au colloque « Religious differences in France » à Cornell University, est aujourd’hui directement accessible sur Internet à <www.duke.edu/~pstewart/toleration.htm>. Le second est le célèbre article de Paul Ricœur, « Tolérance, intolérance, intolérable » originellement publié dans le Bulletin de la Société de l’Histoire du protestantisme français en mai-juin 1990 mais depuis plus facilement accessible dans le volume Lectures 1, collection « La couleur des idées », Seuil, 1991, p. 294 à 311.
• Pour un rappel des conditions historiques qui ont présidé à la naissance de l’idée de tolérance, et à ses premières applications concrètes, reportez-vous à la thèse de Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Bibliothèque de l’Evolution de l’Humanité, Albin Michel, 1994 (la première édition de cet ouvrage canonique date de 1955). Voyez notamment le livre VI « La Réforme en France et le problème du pluralisme religieux dans l’Etat », p. 399 à 554.
• Les éditions GF publient dans la collection « Corpus » une anthologie de textes relatifs à une idée ou une notion particulières. Un volume a été entièrement consacré à la tolérance (introduction, choix de textes, commentaires et bibliographie de Julie Saada-Gendron, Corpus, GF, 1999) et doit être acheté d’urgence. Excellente bibliographie. Dans un genre voisin, le volume intitulé La Tolérance : pour un humanisme hérétique, et dirigé par Claude Sahel (Série Morales, Points, éditions Autrement, 1991) sera moins utile, mais reste à parcourir.
• Trois revues ont récemment traité de la tolérance : la première est la revue Esprit (n°8-9, août-septembre 1996) où vous trouverez, après une très intéressante introduction de Joël Roman (« La tolérance, entre indifférence et engagement », p. 95 à 100) un article d’Olivier Abel intitulé « Relire Pierre Bayle » (à mettre en perspective avec votre lecture de Bayle et le parcours de la thèse d’Elisabeth Labrousse), et surtout l’article de Michael Walzer (auteur d’un autre Traité sur la tolérance, Gallimard, 1998) au titre évocateur : « Comment valoriser le pluralisme ? » Si la réflexion, comme l’indique le sous-titre, se recentre autour d’Isaiah Berlin, la lecture de cet article n’en ouvre pas moins de nouveaux champs d’investigation. Un article de la revue, signé Ghislain Waterlot, est consacré à Voltaire (« Voltaire ou le fanatisme de la tolérance ») : novateur en 1996, il semble quelque peu dépassé aujourd’hui par l’incessante problématisation à laquelle la tolérance est sujette.
• Seconde revue : le Magazine littéraire n° 363  a consacré, en mars 1998, un numéro tout entier aux « Enjeux de la tolérance ». Retenez-y les articles de Robert Misrahi et de Jean-Fabien Spitz sur Spinoza et John Locke, ainsi que la contribution de Michel Delon (« De Bayle à Voltaire : la conquête de l’indulgence ») et celle de Michael Walzer, présent sur tous les fronts de la tolérance (« Post-modernité? », p. 62 à 65).
• Troisième revue, le numéro 176 de Diogène, publié en 1996 et intitulé « La tolérance entre l’intolérance et l’intolérable ». Vous y trouverez, après un « avertissement » de Paul Ricœur, quelques développements contemporains sur le sujet. Allez voir l’article de Ioanna Kuçuradi, « La Tolérance et ses limites », p. 144 à 153, et celui de Paul Ricœur (bis), « L’usure de la tolérance et la résistance de l’intolérable », p. 166 à 176.
• Signalons une publication très inégale mais très intéressante : La Tolérance au risque de l’histoire : de  Voltaire à  nos jours, sous la direction de Michel Cornaton,  préface de René Pomeau, collection  « Le Croquant », Aléas, 1995. Courez lire la passionnante mise au point de Roland Brunet (« La notion et la question de la tolérance de la Renaissance aux Lumières », p.37 à 88) mais évitez le dernier chapitre « La tolérance au XXème siècle », sans intérêt, ainsi que certaines autres contributions, notamment dans la troisième partie.

Concluons cette esquisse bibliographique avec un volume d’Etudes sur le Traité sur la Tolérance de Voltaire, sous la direction de Nicholas Cronk, paru en février 2000. Dix-huit contributeurs sont présents, parmi lesquels François Bessire (sur la forme et la composition du Traité sur la Tolérance), Elisabeth Labrousse (sur la tolérance au dix-huitième siècle), Haydn Mason (sur la tolérance chez Locke, Bayle et Voltaire), Sylvain Menant (sur le genre du traité), Christiane Mervaud (sur la fonction et la signification des notes dans le Traité sur la Tolérance) ou encore Catriona Seth (sur les arguments économiques de la tolérance). Une bibliographie de John Renwick et un dossier (où apparaissent par exemple les articles « Tolérance » de l’Encyclopédie, du Dictionnaire de Trévoux et du Dictionnaire de l’Académie) complètent de manière utile ce cycle d’études.

 


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© IMV Genève 24.12.2003