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Ms. fr. 3972  f.  278 (1)

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<Chapitre II> Nature du signe linguistique
<Nous y verrons deux principes fondamentaux; mais> auparavant il y a lieu de reprendre certains points <vus précédemment>. Comme nous l'avons reconnu le signe linguistique repose sur une association faite par l'esprit entre deux choses très différentes, mais qui sont toutes deux psychiques et dans le sujet: une image acoustique est associée à un concept. L'image acoustique <n'est pas le son matériel>, c'est l'empreinte psychique du son.

Ms. fr. 3972    f.  280-283 (1) (2)

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Premier principe ou vérité primaire: Le signe linguistique est arbitraire.
Le lien qui relie une image acoustique donnée avec un concept déterminé et qui lui confère sa valeur de signe est un lien radicalement arbitraire. Tout le monde est d'accord.
La place hiérarchique de cette vérité-là est tout au sommet. Ce n'est que peu à peu que l'on finit par reconnaître combien de faits différents ne sont que des ramifications, des conséquences voilées de cette vérité-là. Le signe est arbitraire, c'est-à-dire que le concept sœur par exemple n'est lié par aucun caractère <rapport> intérieur avec la suite de sons s + ö + r  qui forme l'image acoustique correspondante. <Ce concept pourrait tout aussi bien être représenté par n'importe quelle autre suite de sons. Il suffit de songer aux différentes langues> En passant d'une langue à une autre, on voit que le concept bœuf est aussi représenté par la suite de sons bos.
<C'est le même caractère arbitraire qu'ont les signes de l'écriture> Il est clair qu'aucun lien préexistant n'est là pour que je désigne le son P par la suite de traits P ,  ou «.
La sémiologie aura à voir si elle doit s'occuper des signes arbitraires ou des autres; son domaine sera plutôt celui des systèmes de signes arbitraires dont la langue est le principal exemple.
Il y a un scrupule très grand à se servir du terme symbole linguistique. Le symbole n'est jamais vide; il y a au moins un rudiment de lien entre l'idée et ce qui lui sert de signe. Balance symbole de la Justice; il y a là un lien.
A ce même point de vue, il y aurait peut-être à reprendre au terme d'image acoustique, car une image a toujours un lien avec la chose qu'elle représente. Image est pris au sens le plus général de figure ayant quelque pouvoir évocateur, parlant à l'imagination. <Plus tard nous verrons cette image devenir beaucoup plus précisément évocatrice, et c'est au nom de ce fait qui n'est pas primaire, que nous garderons cette expression>
Il faut revenir sur ce mot d'arbitraire. Il n'est pas arbitraire au sens de dépendant du libre choix de l'individu. Il est arbitraire par rapport au concept, comme n'ayant rien en lui qui le lie particulièrement à ce concept. Une société entière ne pourrait changer le signe, car l'héritage du passé lui est imposé par les faits d'évolution.
<A ce propos il y a> la question des onomatopées (mots qui dans leur son ont quelque chose qui peut rappeler le concept-même qu'ils doivent représenter). Le choix, dit-on, ici n'est pas arbitraire. <Ici il y aurait bien lien intérieur> On exagère en général beaucoup le nombre des onomatopées. On dit parfois <par exemple> que pluit représente le bruit de la pluie, mais si l'on remonte un peu plus haut, on voit qu'il n'en est rien <(précédemment plovit, etc.). Nous en avons cependant> Tic tac d’une pendule - glou glou d’une bouteille. Ces mots en réalité passent sous le régime des mots quelconques, tant ils sont noyés dans la masse linguistique. On peut souvent se tromper et voir une imitation dans des cas où elle n'existe nullement.
La portée de cette partie du vocabulaire est très restreinte, de même pour les exclamations. Dans l'exclamation, on pourrait dire qu'il y a là quelque chose qui est dicté par la nature, et qu'il y a là lien entre le son et le concept. <Mais pour la plupart des exclamations, cela peut se nier, à preuve les autres langues> Aïe, par exemple, ne se retrouve pas en allemand, en anglais, par exemple. Les jurons qui ont passé à l'état d'exclamation; - <et on sait que leur origine est dans des mots à sens très déterminé. Donc très accessoires et contestables; ces faits d'onomatopée et exclamation>

Ms. fr. 3972,  f.  309-311(1)

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Une amélioration peut être apportée à la formule de ces deux vérités en employant les termes de signifiant et de signifié.
<Explication de cette modification de termes:> Quand on entre dans un système de signes de l'intérieur, il y a lieu de poser, <d'opposer> le signifiant et le signifié, ce qui les place vis-à-vis l'un de l'autre <en laissant de côté opposition d'image et de concept>. Le signifiant <(est auditif)> et le signifié <(est conceptuel)> sont les deux éléments composant le signe. Nous dirons donc: <1°)> dans la langue, le lien unissant le signifiant au signifié est un lien radicalement arbitraire. Et <2°)> dans la langue, le signifiant, étant de nature auditive, se déroule dans le temps seul, <a le> caractère qu'il emprunte au temps:
a) de représenter une étendue
b) de représenter une étendue qui n'est figurable que dans une seule dimension. <Précédemment, nous donnions simplement le mot signe qui laissait confusion>
Ajoutons cette remarque: Nous n'aurons pas gagné par là ce mot dont on peut déplorer l'absence et qui désignerait sans ambiguïté possible leur ensemble

<N'importe quel terme on choisira (signe, terme, mot, etc.) glissera à côté et sera en danger de ne désigner qu'une partie> Probablement qu'il ne peut pas en avoir. Aussitôt que dans une langue un terme s'applique à une notion de valeur, il est impossible de savoir si on est d'un côté de la barre ou de l'autre ou des deux à la fois. <Donc très difficile d’avoir un mot qui désigne sans équivoque association>

 

 
     

© BGE Genève et Claudia Mejía Quijano | 19.06.2007