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ARCHIVES SAUSSURE 396/3. f. 12-13 (1) (2) (3)
Lettre du 28 mars 1880, adressée depuis Genève, où il se trouve en congé, à Albertine de
Saussure, sa sœur, qui se trouve à Cannes
TRANSCRIPTION
Dimanche, 28 mars 1880
Chère sœur
Je réponds à ta bonne petite lettre reçue par l’entremise de tante Adèle il y a déjà quelque temps. Ma correspondance ne va pas fort, mais il ne faut pas croire que je t’en oublie davantage pour cela ! C’est aujourd’hui jour de Pâques et les mômes se préparent à engloutir des quantités déraisonnables d’œufs durs que Dora a teints hier soir. Louki a eu hier la fièvre on ne sait à quel propos, mais ce matin il s’est réveillé tout vigous et se prépare à prendre sa part au festin. Quant à moi je vais partir dans un instant avec Pictet, Gautier & Mussard pour une course à Salève ou ailleurs. Papa a toujours fort à faire avec ses articles sur le niveau du lac dont vous aurez reçu les trois premiers. Ils ont beaucoup de succès à Genève, et ils exaspèrent le canton de Vaud ainsi que tante Van Berchem qui marche avec les Vaudois parce que quelques remblais de Crans (qui ne sont rien auprès des travaux qu’il a fallu faire à Genthod) sont inondés par le lac.
Nous avons eu de bonnes nouvelles de toi par les Diodati que Dora a vus hier. Je regrette que tu n’ais plus leur compagnie, mais j’espère pourtant que tu ne prends pas le séjour à Cannes en grippe. Tu aurais bien tort de le faire et plus tard tu regretterais de n’avoir pas su en profiter et de t’être fait du mauvais sang sans aucune raison. Nous ne désirons rien tant que te revoir, et moi particulièrement, chère Tine, mais je crois que les projets de papa sont assez peu clairs et fixes, parce que la question du déménagement broche sur la question de ton retour. Pourvu que tu puisses revenir avant le 20 Avril et que je puisse te voir avant de retourner à Leipzig ! Je crois que tu ferais bien de t’enquérir exactement des occasions que tu pourrais trouver de revenir à Genève avec des dames ou familles genevoises, et de les communiquer à maman ; cela faciliterait beaucoup le programme. À moins qu’oncle Edouard ne songe à revenir prochainement ce qui rendrait la chose inutile ; mais je ne crois pas que ce soit le cas ? – Alfred Cartier est excessivement malade du typhus. Pendant quelques jours on a désespéré de le sauver. Maintenant il va un peu mieux.
– Nous avons su que l’oncle Max vous avait fait la surprise de sa visite. L’a-t-il prolongée quelques jours ? J’espère que cette distraction lui aura fait du bien comme elle vous aura fait plaisir. –Tu sais les tristes nouvelles que nous avons reçues hier de l’oncle Léopold. Nous en sommes consternés, mais nous espérons fermement que cet accès sera passager comme il en a été du premier.
Dis bien de choses s.t.p. à grand’maman et à tous. Nous t’envoyons toutes nos meilleures amitiés.
Je t’embrasse
Ton affné frère
Ferdd
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