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ARCHIVES de SAUSSURE 398 f. 20 (1) (2)
Depuis l'Angleterre

La mention des enfants de Ferdinand dans sa correspondance, notamment dans celle avec sa femme, est pleine de tendresse et montrent un père fort impliqué dans leur développement.

TRANSCRIPTION
Cher Jacques, cher Raymond
Papa va revenir dans une semaine et se réjouit de vous embrasser, mais il veut vous écrire une petite lettre pendant qu’il est en Angleterre.
Oncle Alex et tante Albertine aimeraient bien que vous soyez aussi chez eux avec maman. Tante Albertine a un petit cheval gris qui s’appelle Brigitte.
Voici son portrait à l’écurie. Quand tante Albertine va faire des visites, on l’attèle à une jolie petite charrette à 2 roues que tante Albertine conduit. Le petit chien court à côté de la voiture. Il s’appelle Jack. –
Ce petit chien aime beaucoup chasser les lapins et les mange. Mais il ne veut jamais de gâteaux quand on lui en donne, c’est tout-à-fait comme Raymond.
Au revoir mes deux chéris. Je vous envoie mille baisers.
Papa
Donnez l’autre lettre à maman.

En route vers la Grèce
Archives de Saussure 392 f.81-82 (1)

TRANSCRIPTION
Bologne, jeudi soir
9 sept. [1897]

Chérie
Je me réjouis bien de trouver enfin un mot de vous à Brindisi, mais m’en voilà encore bien loin, et je regrette en somme de m’être arrêté à Bologne, - qui me semblait un naturel temps d’arrêt pour ne pas rouler 40 heures de suite et profiter au passage de voir une ville importante -, mais en définitive je n’y ai rien vu d’extraordinairement intéressant ni amusant, et cela me retarde considérablement pour Brindisi où je ne puis arriver, à cause de l’arrangement des trains, que demain soir au plus tôt, même en partant comme je compte le faire, cette nuit à 3h du matin. Je n’ai du reste pas été fâché de me détendre les jambes un instant, car le trajet jusqu’à Bologne au milieu de compartiments bondés, par une grosse chaleur, était réellement éprouvant après la nuit du Gothard que est elle-même d’un ennui mortel.. – Je me réjouis d’entrer, dès demain matin, dans la région méridionale ; Bologne est à peu près intermédiaire entre les deux, mais reste beaucoup plutôt semblable à Gênes qu’à Naples à tous égards ; ce qui est curieux, c’est qu’on est ici absolument séparé de la France et de la Suisse, et qu’on peut par exemple à peine se faire comprendre en français des portiers d’hôtel ; dans les magasins pas question de se faire entendre, aussi me suis-je escrimé toute la journée à conquérir quelques mots d’italien ; de même il n’y a pas un journal français ou suisse dans les kiosques, et sous tous ces rapports on se sent plus éloignés ici de notre centre, dans ce revers de l’Italie, que nous ne l’avons jamais été dans notre voyage à Rome et à Naples ; c’est du reste tout naturel, vu qu’il n’y a pas de courant d’étrangers s’arrêtant dans ces villes de l’Est.
Et vous, ma bonne chérie, que faites-vous ? C’est ce soir que vous avez dû transporter votre tente de Malagny à Genthod, et j’aime à croire que vous aurez passé la première soirée sous une bonne impression. Les miné-mînes sont sans doute enchantés de cette aventure, et j’entends d’ici les remarques philosophiques de Raymond – qui aura commencé par examiner à fond les lieux avant de savoir s’ils lui convenaient. Je n’oublie pas que c’est demain que vous allez assister au baptême Charrière. Je vous suivrai en pensée à Satigny tout en roulant sur Brindisi. – Je ne vous ai pas dit dans mes cartes que j’avais inutilement cherché René à Nyon. A Aubonne-Allaman j’ai mis, à tout hasard, le nez à la portière ce qui a permis à cet excellent frère, qui s’y trouvait en effet, de me serrer juste la main. Je lui ai lancé un merci pour ses cadeaux, il a paru ne pas comprendre, répétez-lui ce merci et mon au-revoir si cette lettre arrive avant son départ.  J’avais vraiment le cœur gros de n’avoir pu prendre congé de lui d’une autre manière.
J’espère écrire à mon père de Brindisi, répétez-lui ma grande reconnaissance, mais c’est à vous surtout, ma bijoute, que je dois de la reconnaissance pour votre gracieuse manière d’accepter ce voyage ; je ne vous écris, même aujourd’hui qu’à bâtons rompus ; il ne faut pas vous attendre à autre chose dans tout ce voyage, je sais que vous m’excusez une fois pour toutes.
Ne manquez pas de dire à oncle Théodore et tante Adèle tous mes souvenirs affectueux. Et remerciez votre mère de sa bonne lettre. Rappelez « papa » au gracieux souvenir de MM Jacques et Raymond ; je les embrasse tendrement comme vous, ma chérie. Votre F.

 



 
     

© BGE Genève et Claudia Mejía Quijano | 19.06.2007