Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève
Le mot du directeur
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Pierre-André Loizeau, Directeur |
Les CJB en travaux pendant PRÈS DE 5 ANS
Au XVIIIe siècle, l’esprit naturaliste qui régnait à Genève permit à A.-P. de Candolle, grâce à un large soutien de la population, de fonder le premier grand Jardin botanique genevois. De nos jours, toujours fidèle à l’esprit des fondateurs et fort de plus de 190 ans d’histoire, l’institution accomplit des missions d’exploration, de conservation, de recherche, d’enseignement et de protection, sans cesser d’enrichir ses collections et sa bibliothèque. Avec un herbier de quelque six millions d’échantillons couvrant le monde entier et une bibliothèque possédant la quasi intégralité de tout ce qui a été publié dans tous les temps en botanique systématique, les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève (CJB) se situent, de par l’importance et la qualité de leurs collections, aux premiers rangs des instituts mondiaux de botanique. L’institut est actif dans de nombreux programmes scientifiques de recherche régionaux, nationaux et internationaux. Bien qu’utilisant les techniques les plus modernes de biologie moléculaire et de télédétection satellitaire, les CJB n’en oublient pas pour autant leur public et offrent aux nombreux visiteurs un espace de détente et de sensibilisation à la conservation d’une nature trop souvent menacée.
Un agrandissement bienvenu
Les bons ouvriers ont de bons outils. Si on ne peut pas préjuger de la qualité des ouvriers, on sait qu’ils seront meilleurs s’ils sont bien équipés. Je puis vous assurer que le travail effectué par des équipes compétentes et enthousiastes au sein des CJB est de qualité. Et nous sommes heureux de pouvoir annoncer que la Ville de Genève s’active pour mettre à disposition des outils efficaces. J’en veux pour preuve l’agrandissement de l’herbier et de la bibliothèque et la construction d’un espace d’accueil du public projetés dans le 3e plan financier d’investissement. Si tout se passe bien, les travaux pourront même débuter courant 2009.
Les collections de l’herbier et de la bibliothèque
Une collection à l’étroit est une collection qui se meurt. L’herbier des CJB n’est de loin pas encore à l’agonie, mais les conditions de conservation des collections nécessitent une réaction. Les échantillons d’herbier trop compressés s’abîment, ils sont mal aisés à consulter, les manipulations risquent de les détériorer. Et puis il devient difficile d’en ajouter. On observe un phénomène comparable au niveau de la bibliothèque. L’herbier placé en 1904 en totalité dans La Console a fait l’objet d’un premier agrandissement en 1911-1912 déjà, par le prolongement du bâtiment côté lac. Puis un second agrandissement est nécessaire en 1923-1924. Dès 1929, l’insuffisance de place se fait à nouveau sentir, mais aucun projet ne voit le jour. Ce sont alors des réaménagements intérieurs et des stockages dispersés dans d’autres bâtiments en ville qui permettent d’absorber l’augmentation de la collection. En 1973 sont inaugurés Bot. II et Bot. III, dont les sous-sols constituent une succession de bunkers qui reçoivent les deux tiers de la collection provenant de La Console et de ces lieux de stockage temporaires. L’idée géniale assurant la pérennité de cette base de connaissances fondamentale pour le monde végétal est d’avoir placé la collection de plantes sèches dans des abris anti-atomiques, avec l’objectif de lui garantir en tant que bien culturel d’importance internationale une protection maximum, sans nécessité de la déplacer en cas de conflit, tout en offrant un accès aisé à ses utilisateurs. A contrario la bibliothèque investit Bot. III qui posera malheureusement dès le début des problèmes de qualité de conservation de la collection de livres. Conscients de l’évolution de la collection, les responsables de l’époque avaient imaginé que ces nouveaux locaux devraient être agrandis dès le milieu des années 80. Les finances en décidèrent autrement. Les CJB ont pourtant continué à acquérir des spécimens d’herbier et des ouvrages pour la bibliothèque, recherchant des solutions au niveau de réaménagements internes pour les conserver le mieux possible.
L’accueil des publics
Au niveau de l’accueil des publics, la buvette actuelle rencontre un succès populaire tel que l’idée d’en faire une cafétéria permanente, fonctionnant pendant les heures d’ouverture du Jardin botanique, s’est imposée d’elle-même. Une motion a du reste été votée par le conseil municipal dans ce sens. Il est alors devenu naturel de rapprocher autour de ce point de rencontre notre boutique et un espace d’exposition, ainsi que des sanitaires, donnant à cet ensemble une unité digne de la valeur internationale du Jardin botanique visité par plus de 350’000 personnes chaque année.
Programme et surfaces disponibles imposent des choix drastiques
La Ville de Genève a donc lancé en 2007 un concours d’architecture afin de répondre aux besoins des CJB. Il faut noter que l’ensemble du territoire du Jardin botanique est passé en zone de verdure récemment, mis à part une petite surface restée en zone 5, entourant la Villa Le Chêne, Bot. II-Bot. III, la ferme Duval et la volière. C’est donc dans ce périmètre qu’il a fallu intégrer l’ensemble du programme, nécessitant des prises de décisions importantes. Elles concernent la volière et quelques arbres imposants. Afin que le programme puisse se développer harmonieusement, il a été décidé de supprimer la volière. Il est certain que les oiseaux exotiques qu’elle héberge sont une attraction intéressante pour le grand public. Cependant, la détention d’oiseaux exotiques va à l’encontre des principes de développement durable que l’institution tente de respecter, ne correspond pas aux missions principales du service, est consommatrice de temps, de personnel et de moyens financiers. Par ailleurs cette volière est fortement attaquée par la rouille. Elle aurait nécessité elle aussi une rénovation financièrement importante à très court terme. Dès lors que ce bâtiment posait des problèmes au niveau de l’implantation du nouveau programme, et pour les raisons invoquées précédemment, il a donc été décidé de s’en séparer. Un effort particulier sera fait pour améliorer notre parc animalier le long du chemin de l’Impératrice. Une autre décision importante concerne trois tilleuls majestueux qu’il faudra malheureusement abattre. Une pré-consultation des services compétents de l’Etat nous laisse penser que le service obtiendra l’autorisation de les enlever, probablement eu égard à l’impossibilité de développer le programme à un autre endroit, à l’essence même qui n’est pas particulièrement rare et au programme permanent de replantations développé aux CJB.
Lien entre cette réalisation et la rénovation des bâtiments Bot. III et La Console
La construction de cet agrandissement est nécessaire non seulement au développement de l’institution, mais aussi aux projets de rénovation de Bot. III et de La Console.
Bot. III abrite la bibliothèque. La situation de ce bâtiment est dramatique, car d’une part il offre de moins en moins de possibilités d’augmentation de la collection, et d’autre part il doit être rénové pour résoudre les graves problèmes d’infiltration d’eau et de conditions climatiques, trop chaudes en été et généralement trop sèches, dommageables pour les livres et les périodiques.
La Console a fait l’objet de plusieurs rapports, qui tous montrent la nécessité d’une rénovation intégrale. Or comme pour les livres de la bibliothèque, la collection de La Console devra être stockée ailleurs pendant la rénovation du bâtiment, à cause de l’ampleur des interventions. Il s’agit de volumes importants, dont le stockage doit se faire dans des conditions normées, et dont les objets devraient autant que possible rester accessibles au travail scientifique pendant les travaux estimés à près de deux ans.
Analysant la situation de chaque bâtiment avec les services compétents, la décision a été prise de phaser ces opérations et de les lier afin de profiter de l’espace créé dans Bot. V. Ainsi ceuxci seront utilisés comme lieu de stockage pour y entreposer temporairement les collections de La Console et de Bot. III pendant leur rénovation.
Succession dans le temps
Si tout se passe comme prévu, Bot. V devrait être disponible courant 2011. La rénovation de La Console et de Bot. III pourra alors suivre pour une période d’environ 2 ans. C’est donc seulement fin 2013 début 2014 que l’herbier et la bibliothèque pourront prendre leurs quartiers définitifs. Il faut remarquer que cette manière de procéder devrait permettre à l’herbier et à la bibliothèque d’offrir un service minimum au grand public et aux scientifiques sans interruption notable. C’est en tout cas ce à quoi les CJB s’emploieront.
Un avenir flamboyant
Avec la réalisation de Bot. V, soit l’agrandissement de l’herbier et de la bibliothèque et la construction d’un espace d’accueil du public, puis la rénovation de Bot. III et de La Console, les CJB entrent dans le 3e millénaire munis d’une infrastructure performante. En ces temps de doute quant à notre avenir climatique et notre positionnement par rapport à la Nature, la Ville de Genève donne un signe fort de son soutien à la recherche d’une meilleure connaissance de la biodiversité et de son souci d’une gestion durable de notre environnement.