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Inventaire des lichen dans la Ville de Genève

Lichens sur les murs en ville

Brève présentation de l'indicateur

Les lichens sont des champignons (principalement des ascomycètes) spécialisés dans leur manière de se nourrir et vivant en symbiose avec une algue verte ou une cyanobactérie. En zone urbaine, ils vivent principalement sur les murs, les blocs erratiques, les tuiles (lichens saxicoles), le sol, par exemple près des voies de chemin de fer (lichens terricoles) et sur les écorces d'arbres (lichens épiphytes). Ces organismes font actuellement l'objet de relevés dans tout le canton de Genève dans le but d'établir une Liste Rouge. Cette dernière permettra de mettre en évidence les espèces menacées du canton. Les inventaires effectués dans le cadre du programme stratégique Genève ville durable permettent de se focaliser plus spécifiquement sur les habitats urbains et de montrer la grande biodiversité en espèces de ces derniers. Ces inventaires permettent également de poser les bases d'un futur suivi de l'évolution des espèces urbaines. On pourra ainsi, dans le futur, identifier les espèces et les sites menacés et les protéger.

Présentation des résultats

En 2013, 37 sites supplémentaires ont été inventoriés en mettant l’accent sur les arbres. Nous avons identifié 127 espèces de lichens, dont 47 espèces qui n’avaient pas été observées lors de notre étude effectuée en 2012. Parmi celles-ci, 2 espèces sont nouvelles pour la Suisse: Opegrapha rupestris, et Verrucaria procopii, et 11 espèces sont nouvelles pour le canton de Genève. Sur les 37 sites et murs étudiés, 22 abritent des lichens corticoles, 12 des lichens saxicoles, deux des lichens terricoles et un site des lichens lignicoles.

Les principales découvertes par milieu

Site archéologique du Parc de la Grange

Cette zone sèche à végétation pionnière abrite une grande population de Peltigera canina et de Peltigera didactyla, deux espèces terricoles au statut "vulnérable" à Genève. Nous y avons également découvert Verrucaria bryoctona, un lichen crustacé terricole-muscicole très discret et rarement observé. Il s’agit, pour le canton de Genève, d’un site prioritaire pour les plantes à fleurs.

Zone pionnière au Parc de la Grange
Zone pionnière au Parc de la Grange

Peltigera canina dans la zone pionnière
Peltigera canina dans la zone pionnière

Barrières en bois (Parc Mon Repos)

Les barrières en bois sont des milieux lignicoles anthropogènes. Elles peuvent abriter des espèces particulières à ce type de substrat (bois mort), mais aussi des espèces poussant habituellement sur des substrats corticoles et saxicoles.

Sur la barrière du parc Mon Repos, nous avons observé 9 espèces, dont Acarospora similis qui est propre à ce milieu. En Suisse, cette espèce n’avait été signalée jusqu’à présent que dans le canton de Zürich.

Barrière en bois au Parc Mon Repos
Barrière en bois au Parc Mon Repos

Rocailles (Jardin botanique et Parc des Franchises)

Les rocailles des parcs ont la particularité d’être un milieu peu perturbé et éloigné des sources directes de pollution. Elles offrent en général une belle diversité de substrats (terre, blocs à la fois calcaires et siliceux).

Sur la fontaine en roche calcaire du parc des Franchises, un site d’intérêt retenu et faisant l’objet d’une fiche sdescriptive dans l’ouvrage Flore en Ville, nous avons observé Opegrapha rupestris, une espèce de lichen lichénicole qui parasite des espèces saxicoles du genre Verrucaria. Cette espèce est nouvelle pour la Suisse.

Fontaine au Parc des Franchises
Fontaine au Parc des Franchises

Les rocailles des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève abritent, entre autre, sur les roches calcaires: Romjularia lurida, Dermatocarpon miniatum et Verrucaria marmorea; sur les roches siliceuses: Sarcogyne privigna. Ces espèces sont toutes nouvelles pour le canton.

Dermatocarpon miniatum aux CJB
Dermatocarpon miniatum aux CJB

Arbres des parcs

Nous avons pu observer 78 espèces sur les 22 arbres étudiés en 2013. Ces arbres appartiennent à 20 espèces différentes dont certaines à écorce plutôt acide et d’autres à écorce plutôt neutre à basique. Les arbres isolés dans les parcs sont favorables à la croissance des lichens du fait de leur exposition à un ensoleillement élevé, de l’humidité de l’air plus importante et de leur éloignement des routes principales. Sur 19 parmi les 22 arbres étudiés, il y avait au minimum une espèce mentionnée comme menacée au niveau du Plateau suisse.

Certains de ces arbres abritent plus de 30 espèces comme le Pinus edulis des Conservatoire et Jardin botaniques.

Pinus edulis aux CJB
Pinus edulis aux CJB

Sur certains de ces arbres nous avons observé les espèces d’intérêt suivantes:

Flavoparmelia soredians, une espèce récemment observée pour la première fois en Suisse au jardin botanique de Zurich. Il s’agit d’une espèce de climat tempéré méditerranéen, qui est apparue ces 20 dernières années en Europe centrale, tirant probablement profit du changement climatique pour étendre son aire de distribution vers le Nord.
Parmelina pastillifera est une espèce plutôt montagnarde, vulnérable sur le Plateau suisse dont nous n’avons observé qu’un seul thalle en Ville de Genève.

Marronnier
Marronnier (Aesculus hippocastanum)

Le rapport 2012 complet est accessible ici.
Le rapport 2013 complet est accessible ici.

Conclusions et perspectives

Les relevés effectués en 2012 et en 2013, mettent en valeur le chiffre imposant de 187 espèces de lichens observés en Ville de Genève.

Les parcs sont les milieux les plus favorables à ces organismes. Ils occupent de grandes surfaces et présentent une grande diversité d’habitats aussi bien corticoles, saxicoles, terricoles que lignicoles. Une gestion des parcs respectueuse de ces organismes peu connus et de petite taille est indispensable. Ainsi, grâce au projet Genève Ville Durable, cette biodiversité est désormais connue et inventoriée. Les données de bases sont maintenant disponibles pour que la Ville puisse protéger et conserver ces organismes qui font partie intégrantes de la biodiversité genevoise.

Des surfaces permanentes concernant Phaeophyscia hirsuta, une espèce menacée des murs de la Ville et faisant l’objet d’une fiche descriptive dans l’ouvrage Flore en Ville, ont été établies dans le cadre d’un plan d’action rédigé pour cette espèce en 2013. Ainsi, l’évolution des populations de ce lichen pourra être suivie ces prochaines années.

Le volet 2014 du projet Genève Ville durable se concentrera sur les milieux lignicoles anthropogènes comme les barrières en bois et pourra amener à la découverte de nouvelles espèces liées à ce substrat particulier.