Gui (Viscum album L.) sur chêne (Quercus robur L.et Q. petraea L.)
Viscum album

Nous traitons ici du gui que l'on peut trouver sur nos chênes:

Famille
Loranthaceae

Noms vernaculaires
En français : Gui
En anglais : Mistletoe 
En allemand : Mistel

Compatibilité entre le gui et le chêne
Les chênes pédonculés (Quercus robur) et sessile (Q. petraea) généralement sont très résistants à la colonisation par le gui (Viscum album). A côté des facteurs de résistances constitutionnels, ce sont surtout les réactions de rejets dans l’écorce (formation de tissus de séparation et de tannins) qui empêchent la croissance du gui sur nos chênes. Ce n’est que dans de rares cas que le gui parvient à pousser sur un chêne sauvage et indigène. Par des essais de greffe et des tentatives de reproduction des chênes, il a pu être montré que la compatibilité  du chêne pour Viscum album était non seulement rare, mais également qu’elle était fixée génétiquement et transmissible à la descendance.

Distribution du  Gui croissant sur des Chênes
La zone principale de répartition des chênes porteurs de gui (Quercus robur et Q. petraea) est la France. Lors de la recherche systématique de gui, durant une soixantaine d’années, plus de 400 chênes porteurs de gui purent être répertoriés dans ce pays, dont la moitié ont disparu à ce jour, ce qui montre la rareté de ce phénomène. Les chênes porteurs de gui croissent généralement de manière isolée et s’étalent sur un large périmètre, allant des Pyrénées jusqu’au Nord de Paris et de l’Atlantique jusqu’au Jura. En Angleterre, seuls onze exemplaires sont connus. En Suisse, un seul chêne porteur de gui sauvage et indigène fut découvert au pied sud du Jura.

Etymologie
Le nom  du gui est issu du latin viscum, devenu  Wiscu en gallo-romain sous l'influence des parlers germaniques, puis  gwy et enfin guy. Viscum signifie « colle, glu » en référence à la viscosité de ses fruits. Album (du latin alba « blanc ») fait référence à la couleur blanchâtre des fruits.

Description
Les feuilles du gui, vertes ou tirant sur un vert-jaunâtre, sont simples, ovales, sans pétiole, légèrement charnues et disposées par paires opposées à l'extrémité des rameaux. Leur limbe, coriace, de 2 à 8 cm de long, est parcouru par cinq nervures parallèles. Elles persistent 18 mois à deux ans, faisant du gui une plante toujours verte.
Le gui est dioïque avec des pieds à fleurs femelles et d'autres mâles. Il fleurit en mars–avril.
Il peut arriver que les touffes voisines soient imbriquées donnant l'impression de pieds hermaphrodites. Ses fleurs, sessiles et jaunâtres, sont groupées en petites inflorescences (glomérules) insérées au niveau des nœuds des tiges.
Ses fleurs mâles comportent quatre tépales qui portent des anthères sans filet. À la floraison, elles laissent apparaître le pollen sur leur face interne. Ses fleurs femelles comportent quatre tépales surmontant un ovaire infère soudé au réceptacle. Elles sont déjà formées en automne et passent l'hiver fermées; elles s'ouvrent aux premiers rayons de soleil du printemps. Ses fruits produits par les touffes femelles sont de fausses baies globuleuses de 6 à 10 mm de diamètre, d'un blanc vitreux charnues et visqueuses. La pulpe est constituée d'un mucilage: la viscine, substance collante qui contribue à la fixation des graines sur les branches des plantes-hôtes. Ces fruits mûrissent en deux ans et ne tombent qu'au début de la troisième année. Les tiges, cassantes, vertes et de section cylindrique, ont généralement un mode de ramification dichotomique par suite de l'avortement du bourgeon terminal. Les ramifications successives conduisent à la forme de boule. Dépourvu de racines,  la plante  est fixée à son hôte par un suçoir primaire de forme conique qui s'enfonce profondément jusqu'au bois, sans pénétrer le tissu ligneux. L'observation sur une branche coupée de l'enfoncement de ces suçoirs dans les cernes du bois permet de déterminer l'âge de la touffe, qui peut atteindre trente-cinq ans. Le gui prend, après quelques années, l'apparence d'une grosse « boule » vert jaunâtre.

Histoire et usages
La plus ancienne mention mythologique d’un chêne portant du gui se trouve dans « l’Enéide » de Virgile (70-19 av. JC). Dans ce mythe, une branche de gui fraîchement brisée ouvre l’accès d’Enée à l’enfer et rend possible le dialogue avec son père défunt. Dans « L’Edda », récit de la mythologie nordique (Sturluson, 1200 ap. JC), le gui est employé pour tuer Baldur, le dieu favori du panthéon nordique, ce qui entraîna le crépuscule des Dieux. Il s’en est fallu de peu pour que cela mène à la fin du monde!
Selon l’historien et naturaliste romain Pline L’Ancien (23-79 ap. JC), le rare gui des chênes était considéré comme une plante sacrée chez les druides celtiques. C’est au cours de cérémonies solennelles que le gui était récolté sur le chêne, puis transformé en potion, véritable panacée permettant de tout guérir. Dans « Asterix et Obelix », Uderzo et Goscinny ont illustré la récolte du gui de chêne, effectuée à l’aide d’une serpe d’or, et permettant de produire la fameuse potion magique.

Le gui du chêne en tant que remède
La première indication assurée quant à l’emploi du gui à baies blanches (Viscum album) poussant sur un chêne remonte à Pline L’Ancien. Il évoque le gui des chênes comme étant la panacée chez les druides gaulois, permettant de tout guérir. Par la suite, des manuscrits datant du Moyen-Âge documentent également le rôle exceptionnel du gui du chêne dans l’histoire européenne de la médecine. Mais il est probable que ces indications médicales ne concernaient pas toutes le gui à baies blanches (Viscum album), mais également le gui à baies jaunes (Loranthus europaeus). Ce dernier croît presque uniquement sur les chênes en Europe du Sud-est, et est également appelé « gui du chêne ». Mais au contraire de V. album, L. europaeus perd ses feuilles en automne et ses baies sont jaunes.

En 1926, la doctoresse anthroposophe Ita Wegman fut la première à introduire le gui (Viscum album) de chênes indigènes dans la thérapie du cancer. L’une des meilleures études cliniques démontrant l’efficacité du gui dans la thérapie du cancer a été effectuée à l’aide d’une préparation à base de gui de chêne. Cette étude prospective et contrôlée, effectuée auprès de patients atteints du cancer du pancréas, révéla un doublement du temps de survie, une amélioration significative de la qualité de vie chez les patients, ainsi qu’une rémission à long terme chez les patients survivants. Plusieurs médicaments utilisent actuellement ses propriétés.
Le gui contient un mélange complexe de nombreux  alcaloïdes cytotoxiques.
Références
Zänker KS, Kaveri SV (eds) (2015) Mistletoe: From mythology to evidence-based medicine. Translational Research in Biomedicine Vol. 4, 84pp.
Urech K, Shah D, Baumgartner S (2017) Le gui (Viscum album) depuis 100 ans dans la thérapie oncologique. La Phytothérapie Européenne 98, 14-23.

Folklore
Notre gui est un des attributs d'Hermès, messager des dieux de l'Olympe, avec le caducée, Il apparaît dans de nombreuses mythologies européennes, en particulier grâce à son caractère lunaire en association avec le chêne, arbre solaire. La tradition veut, dans beaucoup de pays d'Europe, que l'on s'embrasse sous le gui à la nouvelle année. Une boule de gui est accrochée au-dessus de la porte d'entrée. Cela porte bonheur de franchir ce seuil, en particulier à une future mariée, si elle souhaite être épousée dans l'année.

Emplacement au jardin
Ce spécimen se trouve à l'entrée de La Tere de Pregny

Viscum album

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