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Symboles & Sentiments - SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL


SYMBOLES & SENTIMENTS

SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL

CISA

Auteurs des textes: Cyrielle Chappuis - Florian Cova
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La forêt : entre calme et angoisse
Cyrielle Chappuis

Une longue promenade en forêt, des bruits familiers, des bruits inconnus, des bruits inquiétants. Le bruit d’une rivière pas très loin, un peu étouffé par les arbres. Ces sons ou “mélodies de la nature” sont fréquemment utilisés lors de séances de relaxations, mais également dans les films ou jeux vidéo pour participer à la création de l’atmosphère et de l’état émotionnel recherchés. Qu’est-ce qui les rend favorables à l’introspection ou au calme ? Et pourquoi sont-ils parfois effrayants ? L’homme se sert de ce qu’il perçoit (vue, ouïe, odeurs, etc.) pour s’orienter dans son environnement, qu’il soit naturel ou artificiel, peuplé ou non peuplé.

À l’université de Genève, il est théorisé que les émotions sont des signaux destinés à faciliter cette orientation et aider à survivre dans un environnement, et que la peur ou la crainte permettent d’éviter une menace. Ainsi il a été observé que des sons trop forts, trop bas, et trop acerbes de matériaux (tissus) étaient associés à des émotions négatives.

Dans la végétation, les sons arrivent de partout et de nulle part à la fois. Alors que nos sens perçoivent de nombreuses informations sur l’environnement, il arrive que celles-ci soient partielles. Il a été montré que l’incapacité à localiser un son était une source d’anxiété (à noter que les sons très graves sont plus difficiles à localiser). Cependant tout son ne devient pas effrayant parce qu’il n’est pas localisable - prenons par exemple le son grave de la baleine, qui parfois est utilisé dans la relaxation. Un son peut devenir effrayant si la nature de son origine est également difficile à identifier, ou qu’il est peu familier : est-ce un prédateur ? Dans la forêt de nombreux sons sont dit “acousmatiques”, c’est à dire que la nature de leur source, ses propriétés et ses implications, restent inconnus. L’incapacité à localiser la source d’un son combinée à l’incertitude sur ce dont il s’agit, peut augmenter ce sentiment de peur chez le promeneur. Ce mécanisme est également l’un des secrets bien gardé de l’industrie des jeux vidéo. L’émotion de peur, qui survient en anticipation d’une situation dangereuse ou douloureuse, provoque une augmentation du rythme cardiaque, du rythme respiratoire, de la pression artérielle. Des réactions qui sont souvent vues comme des préparations à des comportements tels que l’attaque, la fuite, ou l’immobilité. La peur implique une activité dite “limbique” : celle d’un système cérébral ancien et rapide dont fait partie l’amygdale, une région-clef en forme d’amande localisée profondément dans le cerveau, et qui s’active lors de la perception d’événements pertinents pour l’individu, comme par exemple des dangers pour sa propre survie.

Cependant, la nature est également connue pour son effet apaisant. Une étude suédoise a permis de montrer que la nature permettait d’augmenter le sentiment “d’ici et de maintenant”, l’harmonie, la concentration. Le chant de certains oiseaux a lui-même été lié à une réduction du stress ressenti. Dans certains pays asiatiques c’est le “bain de forêt” (thérapie par la promenade dans les bois) qui semble être à la mode : il augmenterait cet état dit “de flow” où l’individu est complètement engagé dans une activité - un sentiment de concentration intense où l’anxiété et les contraintes disparaissent, où une action est réalisée de manière presque automatique, comme en jouant un instrument de musique ou en s’adonnant complètement à une activité. La contemplation sans intention particulière d’un environnement beau (par sa complexité, ses patterns, textures, ou même le mystère qui l’entoure) et sans danger permet de diminuer des symptômes physiques liés au stress (diminution du cortisol, hormone du stress, et de la pression artérielle), et de restaurer des émotions positives et la fatigue attentionnelle. De bons arguments pour aller prendre ce bol d’air frais et remettre Les rêveries du promeneur solitaire au goût du jour.
Jardin à la française contre jardin à l’anglaise : deux conceptions du rapport de l’homme à la nature
Florian Cova


Dans le monde occidental, l’époque moderne a vu s’opposer deux grands types de jardin, qui illustrent deux conceptions fortement opposées de la nature et de son rapport à l’homme : le « jardin à la française » et le « jardin à l’anglaise ».

Inspiré des jardins pleins de « classicisme » de la Renaissance Italienne que ramena en France Charles VIII après sa campagne en Italie, le « jardin à la française » va s’imposer au XVIIe siècle à travers des réalisations aussi grandioses que les jardins de Vaux-le-Vicomte et de Versailles. En insistant sur la symétrie et les formes géométriques, en privilégiant les chemins droits et les grandes allées, ainsi que la modification en profondeur du terrain (aplanissement, creusage de canaux), le « jardin à la française » célèbre le triomphe de l’homme sur la nature, qu’il parvient à dompter en la soumettant aux lois de la raison, permettant ainsi l’émergence d’une nature « idéale » et bucolique.

Mais, avec le déclin des lumières et l’émergence du romantisme, qui met l’accent sur les émotions et la connaissance intuitive au détriment de la raison, le XVIIIe siècle voit apparaître le « jardin à l’anglais », qui privilégie une nature sauvage et illusoirement « primitive » dans laquelle des sentiers sinueux et détournés conduisent le promeneur à travers des paysages pittoresques dans lesquels fleurs, arbres et ruisseaux entretiennent savamment l’illusion de ne rien devoir à la main de l’homme. Dans l’Angleterre de la révolution industrielle, où les formes géométriques et la symétrie sont très vite associées au caractère laid et utilitaire des fabriques et des hangars, ces jardins constituent des sanctuaires dans lesquels les hommes peuvent s’isoler de la « rationalité » froide du monde contemporain pour renouer un contact émotionnel et profond avec la nature originelle. A la satisfaction de retrouver dans le jardin un ordre rationnel se substitue toute une gamme de sentiments plus confus et obscurs, à commencer par celui de se trouver face à quelque chose d’étranger, de mystérieux et d’inconnu.