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Symboles & Sentiments - SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL


SYMBOLES & SENTIMENTS

SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL

CISA

Auteurs des textes: Sylvain Delplanque - Magalie Schor
partenaire 1
Description
Sylvain Delplanque

« Sens tu ce que je sens ? Peux-tu me décrire ce que tu sens ? »

Contrairement aux objets visuels ou aux sons, il est difficile de décrire une odeur sans faire référence à ce qui l’émet. Un objet peut être rond, carré, grand, petit, clair, rouge, etc. Un son peut être aigu, grave, fort, faible, court, long, etc. Tous ces adjectifs font référence à des propriétés physiques de l’objet (la forme, la luminance, la longueur d’onde…). Mais pour l’odeur ? Nous n’avons pas les mots pour décrire les caractéristiques physiques de la molécule odorante. Alors on utilise l’objet dont on pense qu’elle provient. Par exemple, ça sent le citron, la fraise, la rose, le pain, etc. Les parfumeurs ont dû développer tout un vocabulaire spécifique pour décrire les odeurs.

« Je ne sais pas ce que j’ai senti, pourtant je connais cette odeur! »

Les chercheurs ont démontré que le premier aspect de l’odeur qui vient à l’esprit est son hédonicité (aussi appelée valence, agréabilité, agrément, etc.). En effet, avant même toute autre pensée, il semble facile de dire j’aime ou je n’aime pas. Par la suite, si l’on ne reconnaît pas l’odeur immédiatement, naît en nous l’impression de familiarité. Cette familiarité représente le fait de savoir que l’on a déjà rencontré cette odeur, de pouvoir dire qu’on la connaît. Ensuite, d’autres choses viennent à l’esprit comme le fait de se souvenir du moment et du lieu où l’on se trouvait lorsque l’on a senti cette odeur…bref, des références autobiographiques. Ces « pensées » liées à l’odeur soulignent le fort lien qui existe entre olfaction, émotions et mémoire.

« Mais ça sert à quoi, l’odorat de nos jours ? »

Il est faux de dire que l’odorat humain est un sens secondaire par rapport à la vision ou l’audition. L’odorat nous est utile dans beaucoup de situations. Par exemple: lorsque l’on sent des aliments pour savoir s’ils sont périmés, pour profiter des subtilités d’arômes de la cuisine ou encore dans les interactions intimes avec l’autre. D’ailleurs, il est faux de dire que notre odorat n’est pas performant. L’odeur de certaines molécules peut être perçue à des concentrations extrêmement faibles. Par exemple, la molécule pyrrolidino-(1,2E)-4H-2,4-dimethyl-1,3,5-dithiazine, un arôme de viande grillée, peut être détectée par l’Homme à une concentration de 0.000000000000000001 gramme dans un litre d’eau. C’est l’équivalent d’un verre (1 décilitre) dans le lac Léman.

« Comment ça marche ? Une odeur ? C’est quoi déjà ? »

C’est la perception de molécules odorantes par le sens de l’odorat.

« Euh! … et plus précisément? Quelles molécules? »

De toutes sortes, elles se diffusent dans l’air et peuvent être perçues. Il y a beaucoup de familles de molécules différentes (aldéhydes, acides, esters…). Elles proviennent d’une multitude de sources: le corps, les fruits, les fleurs, les émissions gazeuses diverse.

« Donc, toutes les molécules peuvent être senties et devenir des odeurs? »

Non! Des molécules trop grosses (masse molaire > 300) ou qui sont trop peu solubles dans l’eau (par exemple des gaz comme le méthane CH4) ont peu de chance d’être senties.

« Tu as dit: « molécules perçues par le sens de l’odorat ». Tu peux préciser? »

Le sens de l’odorat résulte de l’existence de cellules réceptrices sensibles aux molécules (chimio-sensibles). Ces récepteurs se situent dans la cavité nasale, au niveau de l’épithélium olfactif.

« Comment ça marche? »

La molécule odorante qui est entrée par le nez circule dans la cavité nasale, entre en contact d’abord avec le mucus qui la recouvre et puis avec les récepteurs des neurones olfactifs baignant dans ce mucus.

« Et ensuite ? »

Imagine la comparaison suivante: la molécule est une clef, le récepteur du neurone est une serrure! Si la clef correspond, elle « s’emboite » dans la serrure et ouvre la porte. De la même manière, si la molécule correspond aux récepteurs alors le message nerveux est déclenché!

« OK!... Et on perçoit l’odeur. »

Ce mécanisme n’est que le début! Le message nerveux va circuler dans différentes structures cérébrales, être modifié et il en résultera une perception de la molécule: une odeur!

« Ces différentes ‘structures cérébrales’ à quoi servent-elles ? »

Certaines vont permettre de catégoriser les aspects chimiques de l’odeur comme les cortex piriformes, d’autres sont très liées à notre mémoire comme les hippocampes et d’autres encore sont liées aux émotions comme les amygdales.

« Aux émotions, quelles émotions ? Une odeur ça sent bon…ou pas bon… c’est tout! Non ? »

C’est vrai, le fait d’aimer l’odeur ou de ne pas l’aimer est une sensation que l’on a très rapidement à l’esprit lorsqu’on la sent. Mais l’émotion, c’est plus large que le simple fait de ressentir quelque chose d’agréable ou de désagréable.

« Qu’est-ce qu’il y a de plus que j’aime ou je n’aime pas ? »

Par exemple, lorsque les Suisses francophones parlent des émotions provoquées par des odeurs, ils utilisent des mots émotionnels qui sont en rapport avec:

  1. le bonheur, le bien-être,
  2. le dégoût, l’irritation,
  3. la sensualité, le désir,
  4. la tranquillité, l’apaisement,
  5. la nostalgie et
  6. le rafraîchissement.

« Les Suisses francophones !!! Et les autres?

Ce n’est pas pareil chez tout le monde? » Les réponses émotionnelles aux odeurs dépendent beaucoup de la culture. Par exemple, les odeurs de fromages sont appréciées dans nos régions mais très peu en Asie. Un autre exemple, l’odeur du Durian. Le Durian est un fruit apprécié en Asie mais son odeur est particulière… pour être honnête, très peu de gens aiment cette odeur dans nos régions.

« La même molécule chimique odorante peut être aimée par certains et pas par d’autres? »

Et oui! En plus, la réponse émotionnelle aux odeurs peut changer au cours du temps chez une même personne. Pense à des aliments que tu n’aimais pas enfant et que tu aimes maintenant. La réponse émotionnelle dépend de beaucoup de choses: de ton histoire, de si tu as faim ou pas et même de ce que tu connais de l’odeur!

Ces fleurs qui nous répugnent
Magalie Schor

Notre rapport aux fleurs se décrit le plus souvent en des termes positifs. Nous contemplons leur agencement harmonieux, apprécions leurs délicates formes et leurs vives couleurs. Nous nous enivrons de leur parfum exquis. Et pourtant, certaines plantes suscitent en nous des réactions bien plus mitigées. C’est notamment le cas de plusieurs espèces connues sous le nom de « fleurs charognes » dont la caractéristique commune est celle d’exhaler une odeur nauséabonde de chair en putréfaction. Parmi les plus emblématiques figurent les gigantesques Arum Titan (Amorphophallus titanum) et Raflesia (Raflesia arnoldii). Alors que la première, aussi appelée « phallus de titan », déploie la plus haute inflorescence, celle-ci dépassant parfois les trois mètres, Raflesia arnoldii est la fleur la plus grande du monde, pouvant atteindre un mètre de diamètre et peser jusqu’à onze kilos. Ces deux spécimens colossaux impressionnent ainsi par leur taille monstrueuse et, de surcroît, révulsent par leur relent putride. Mais pourquoi sentent-elles si mauvais ? Leur parfum putrescent est dû à une composition et concentration chimique particulière qui demeure à l’heure actuelle encore quelque peu mystérieuse. Quoiqu’il en soit, si leur senteur de viande pourrie nous révulse, nous êtres humains, elle attire en revanche les insectes nécrophages qui sont leurs pollinisateurs. Émettre un tel parfum leur sert ainsi à des fins de reproduction. La vraie question est donc plutôt pourquoi leur odeur de pourriture nous dégoute-t-elle tant ? Pour y répondre, il faut regarder du côté de la nature et des mécanismes du dégout. Le dégoût est une émotion d’aversion, universellement partagée chez les êtres humains, que nous éprouvons en réaction à des choses ou des personnes que nous percevons comme contaminées ou corrompues. Les objets caractéristiques d’une telle aversion sont ainsi les porteurs ou véhicules potentiels de maladies tels qu’une plaie, des excréments ou de la vermine. Le dégoût physique, contrairement au dégoût moral, est déclenché le plus souvent par la perception d’un certain aspect gustatif, olfactif ou visuel. Nous sommes ainsi généralement irrépressiblement révulsés au goût d’une nourriture avariée, à l’odeur de déjections corporelles, ou encore à la vue de chairs mutilées. Dans chaque cas, cette émotion négative d’aversion se caractérise par un ressenti phénoménologique déplaisant de répugnance viscérale. Le dégoût est ainsi associé à des mécanismes corporels de rejet et nous motive à éviter ou cesser tout contact avec l’objet dégoûtant. La fonction évidente de cette émotion semble donc être de nous protéger de toute pollution ou contamination qui pourrait nuire à notre organisme. Un mécanisme affectif qui, de par sa phénoménologie répulsive et son inclination à l’évitement, nous permet de réagir de manière automatique, rapide et efficace à la menace physique de corruption. Ainsi, si nous sommes dégoutés par l’odeur de viande pourrie, c’est parce qu’elle est généralement le signe pour nous d’une potentielle source de contamination à éviter, au contraire des insectes nécrophages pour qui l’odeur de chair en décomposition signifie plutôt la source probable de nourriture. Néanmoins, le parfum nauséabond dégagé par les « fleurs charognes » est en l’occurrence un leurre. Ne manifestant ni une source de contamination pour nous, ni de festin pour les charognes, la senteur dégagée par l’Arum Titan et la Raflesia n’est qu’un habile piège de la nature afin d’assurer sa propre pérennité.