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Symboles & Sentiments - SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL


SYMBOLES & SENTIMENTS

SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL

CISA

Auteurs des textes: Cyrielle Chappuis - Eva R. Pool
partenaire 1
Description
Les jardins, la littérature et les émotions : quand lire transporte
Cyrielle Chappuis

Cythère

Paul Verlaine

Un pavillon à claires-voies
Abrite doucement nos joies
Qu'éventent des rosiers amis;

L'odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d'été qui passe,
Se mêle aux parfums qu'elle a mis;

Comme ses yeux l'avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre;

Et l'Amour comblant tout, hormis
La faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures.

L’évocation des jardins et le champ lexical de la botanique abondent dans la littérature. La description de plantes, de parfums, et de paysages naturels participent à créer des univers dans lesquels les lecteurs peuvent s’immerger. À travers de longues descriptions, ou même l’usage de mots habilement choisis, le lecteur est transporté dans un univers fait de représentations visuelles, auditives ou encore olfactives. Comment le cerveau passe-t-il de la lecture à l’imaginaire et mène-t-il le lecteur à ressentir à la fois sensations et émotions ? L’une des énigmes à laquelle les neurosciences cognitives tentent de répondre concerne la manière par laquelle les mots et leur sens sont représentés et intégrés par le cerveau. Des réseaux distincts de neurones seraient spécialisés dans l’intégration des sens des mots : un mot – un sens – un réseau. Ces réseaux ne seraient pas fixes et pourraient s’étendre suivant le « principe de Hebb » selon lequel des neurones qui s’activent ensemble se connectent, formant de nouveaux réseaux. Ainsi des mots et sensations (goût, odeur, image, mouvement, etc.), souvent perçus en même temps, auraient des structures neuronales qui s’activent ensemble, et se lient davantage. Il a été observé grâce à des études en neuro-imagerie que la lecture de mots liés à une odeur tels que “aïl”, “cannelle” ou “jasmin” active des réseaux neuronaux associés non seulement au langage, mais également à la perception d’odeurs (le cortex olfactif). De la même manière des réseaux cérébraux visuels, sont activés à la fois lorsqu’une personne voit une image et lorsqu’elle l’imagine. Ainsi un mot seul peut déclencher une représentation immédiate et automatique chez le lecteur. Comment entraîne-t-il une réaction émotionnelle ? Tous les mots ne sont pas égaux dans l’impression qu’ils produisent chez le lecteur. Alors que certains sont intrinsèquement plaisants ou déplaisants, forts ou faibles, d’autres – initialement neutres - acquièrent une charge affective selon les besoins, le contexte, ou le vécu du lecteur. En d’autres termes, leur lecture active des réseaux neuronaux impliqués dans le vécu émotionnel et le plaisir : le système hédonique. C’est ce que l’on appelle un réseau distribué : les mots « cannelle » ou « jasmin » vus précédemment activent en plus du langage et de l’olfaction des aires cérébrales responsables des émotions. Une étude publiée en 2007 a montré que plus un mot émotionnel est concret (ex. « fleur »), c’est-à-dire qu’il est facile de se le représenter mentalement, mieux il est repéré, mémorisé, et a un impact fort en activant les systèmes liés aux émotions et au plaisir. Ainsi, certains mots à la fois descriptifs et chargés affectivement bénéficient d’une représentation mentale associée non seulement à leur sens, mais également une représentation mentale sensorielle et affective. L’intégration simultanée de ces trois représentations participe à l’immersion du lecteur dans un univers symbolique, sensoriel et émotionnel. Au 19ème siècle le linguiste suisse Ferdinand de Saussure distinguait la forme d’un mot du concept qu’il représente. Aujourd’hui, la recherche permet peu à peu de comprendre comment le cerveau intègre, connecte, anime, et rend vivantes des lettres sur une page. À noter que si imaginer des scènes décrites dans un livre vous semble trivial, alors vous n’êtes pas atteint d’aphantasie, une incapacité à se représenter mentalement une image.

Les Émotions positives
Eva R. Pool


La recherche en psychologie des émotions s'est longtemps concentrée sur les émotions négatives, et en particulier sur la peur. Des chercheurs ont ainsi étudié en détail les réactions déclenchées par des événements menaçants (une araignée qui s'approche de votre main ou quelqu'un qui braque sur vous une arme à feu, par exemple). Ces recherches ont mis en lumière les mécanismes psychologiques sous-jacents à un certain nombre de troubles psychiatriques, tels que l'anxiété générale ou le syndrome de stress post-traumatique. Plus récemment, les psychologues ont élargi leurs investigations aux émotions positives. Dans une nouvelle série d’études, ils ont examiné les réactions que déclenchent les récompenses (comme une odeur plaisante, un aliment savoureux ou de l’argent). Ces études ont révélé que le plaisir provoqué par les récompenses n’est qu’un élément parmi d’autres impliqués dans leur traitement.
Plus particulièrement, certains chercheurs (1) ont avancé que la recherche d’une récompense impliquait des processus psychologiques distincts, notamment le liking-une composante hédonique constituée du plaisir ressenti lors de la consommation, et le wanting- une composante motivationnelle constituée de la volonté d’obtenir une récompense. On observe généralement une corrélation entre le liking et le wanting : plus une récompense est appréciée, plus elle est recherchée. Néanmoins, ces processus psychologiques sont distincts et ne reposent pas sur les mêmes réseaux neuronaux. Ils peuvent alors être dissociés dans certaines circonstances, où l’on désire une récompense que l’on n’appréciera pourtant pas une fois qu’on l’aura obtenue.
À en croire certains neuroscientifiques (1-4), la dissociation du wanting et du liking permettrait une meilleure compréhension de comportements problématiques tels que l’addiction et la frénésie alimentaire, dont les auteurs veulent à tout prix consommer une substance (de la drogue ou de la nourriture) qui ne leur procure pourtant aucun plaisir.


Références:

1. Berridge, K.C., Robinson, T.E., (2003). Parsing reward. Trends in Neuroscience, 26, 507-513.

2. Finlayson, G., King, N., Blundell, J.E., (2007b). Liking vs. wanting food: importance for human appetite control and weight regulation. Neuroscience & Biobehavioral Review, 31, 987-1002.

3. Pool, E., Sennwald, V., Delplanque, S., Brosch, T., & Sander, D. (2016). Measuring wanting and liking from animals to humans: A systematic review. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 63, 124-142.

4. Robinson, T.E., Berridge, K.C., (2003). Addiction. Annual Review of Psychology, 54, 25-53