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Symboles & Sentiments - SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL


SYMBOLES & SENTIMENTS

SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL

CISA

Auteur: Florian Cova
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Description
Comment la montagne a fini par nous gagner
Florian Cova

À en croire Oscar Wilde, ce n’est pas tant l’Art qui imiterait la Nature que la Nature qui imiterait l’Art. Sous cette affirmation paradoxale se cache une idée pour le moins plausible : nous ne finirions à porter attention à certains phénomènes naturels que dans la mesure où l’Art nous a déjà conduit à les apprécier. Wilde donne ainsi l’exemple du brouillard londonien : « les brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres […] Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d'eux. Ils n'existèrent qu'au jour où l'art les inventa. »

Pour certains philosophes et historiens, notre amour pour la montagne dérive d’une invention similaire. Jusqu’à la fin du 18e siècle, personne ne s’intéressait aux montagnes et à leurs paysages : lieu dangereux et hostile à l’homme, dans lequel rien d’utile ne peut être cultivé, peuplée d’hommes incultes et sauvages, la montagne était un lieu barbare qui ne présentait aucun attrait. Quand soudain…

Ce fut une alliance improbable entre le romantisme et la science qui sauva la montagne. En effet, l’insistance du romantisme sur le besoin pour l’individu de rentrer en lui-même et de se découvrir au contact d’une nature sauvage et originaire entre à cette époque en collision avec le développement de la géologie, qui suggérait que les montagnes (et la terre en général) étaient beaucoup plus anciennes qu’on aurait pu le croire. La montagne devint ainsi un endroit où l’esprit romantique pouvait s’isoler et se libérer de la folie du monde moderne, tout en se ressourçant dans le cadre sauvage d’une nature indomptée qui avait échappé à la main de l’homme.

A cela s’ajoute un troisième élément : le développement par Edmund Burke et Emmanuel Kant de la théorie du sublime, émotion profonde, mêlant plaisir et terreur, que l’individu ne ressentirait que face à certains objets dont l’ampleur dépasse sa compréhension, comme une mer déchaînée mais bien évidemment aussi les montagnes. En contrastant avec la simple beauté, plus sage et plus calme, le sublime offrait une base théorique pour une réhabilitation de la montagne et de son caractère sauvage et terrifiant.
Références :

- Oscar Wilde, "Le déclin du mensonge" (1928), publié dans Intentions (Georges Crès et cie)
- Emmanuel Kant (2000), Observations sur le sentiment du Beau et du Sublime (Vrin)
- Edmund Burke (2009), Recherches philosophiques sur l'origine de nos idées du sublime et du beau (Vrin)
- Robert Macfarlane (2008), Mountains of the Mind: A History of a Fascination (Granta)