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Symboles & Sentiments - SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL


SYMBOLES & SENTIMENTS

SECRETS DU MONDE VÉGÉTAL

CISA

Auteur: Florian Cova
partenaire 1
Description
50 nuances de femme-fleurs
Florian Cova

Comparer une femme à une fleur n’a plus rien de très original : on peut même dire que c’est un lieu commun de la poésie occidentale. Après tout, la comparaison semble venir naturellement : la beauté de la fleur, tout comme le fait qu’elle n’ait aucune utilité en-dehors de cette beauté même (ce qui la distingue du premier légume venu), en fait un objet de comparaison évident pour tout poète qui voudrait flatter la femme à laquelle il s’adresse en mettant l’accent sur ses attraits.

Et pourtant, selon les époques et les poètes, et une fois passé le thème évident de leur beauté mutuelle, les comparaisons entre femmes et fleurs n’ont pas toujours mis l’accent sur les mêmes ressemblances. Ainsi, dans le Roman de la Rose, long poème-fleuve de Guillaume de Lorris (XIIIe siècle), la comparaison entre la femme désirée et une rose permet de mettre l’accent sur les dangers encours par l’amant dans sa tentative de conquête. Tout comme la rose, la femme a « des épines fines et tranchantes, des orties et des ronces crochues ».

Dans d’autres contextes, la comparaison entre une femme et une fleur peut être utilisée pour insister sur le caractère éphémère de leur beauté, et cela à différentes fins. En effet, le caractère évanescent de cette beauté peut être souligné pour en illustrer le caractère fragile, comme le fait Malherbe essayant de consoler M. du Périer (« et rose elle a vécu ce que vivent les roses / l’espace d’un matin »). Mais il peut aussi être appuyé pour encourager la belle à profiter de la vie pendant qu’il est encore temps, comme le fait Ronsard (« Cueillez, cueillez votre jeunesse : / comme à cette fleur, la vieillesse / fera ternir votre beauté »).

Enfin, la comparaison peut mettre en avant le caractère envoutant de la fleur (en particulier son odeur) mais aussi sa faculté d’empoisonner ceux qu’elle envoûte, comme dans les Colchiques d’Apollinaire (« tes yeux sont comme cette fleur-là / Violâtres comme leur cerne et comme cet automne / Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne »). La femme devient alors plus plante vénéneuse, voire carnivore, que rose.
Références :

- Guillaume de Lorris & Jean de Meun (XIIIe siècle), Le Roman de la Rose (Le Livre de Poche)
- François de Malherbe (1599), "Consolations à M. Du Périer"
- Pierre de Ronsard (1545), "Mignonne, allons voir si la rose"
- Guillaume Apollinaire (1913), "Colchiques", publié dans Alcools (Gallimard)