Que cette édition de la Fureur de lire fasse la part belle au genre policier me rend particulièrement heureux : je succombe régulièrement aux appels de ce que l’on nomme les «polars», manifestement comme beaucoup d’entre vous. Sur les tables des librairies genevoises ou d’ailleurs, ces polars tiennent en effet le haut du pavé, puisqu’un roman vendu sur quatre est un roman policier.
Le succès de ce genre, autrefois qualifié de populaire, n’est pas anodin. Cet engouement nous dit certainement quelque chose sur notre époque. Pourquoi a-t-il pénétré si profondément dans l’imaginaire des lecteurs ? Est-ce parce qu’en ces temps troublés de remise en question des certitudes, il se définit comme «un récit consacré avant tout à la découverte méthodique et graduelle, par des moyens rationnels, des circonstances exactes d’un événement mystérieux» ? Est-ce parce qu’à l’instar de la tragédie grecque le polar dépeint des personnages impuissants face aux forces supérieures qui les manipulent ? Ou estce enfin par l’analyse décalée des différents contextes sociaux et politiques qui régissent nos sociétés ? Nul doute que le programme que vous propose cette Fureur noire donnera quelques éléments de réponse à ces questions.
Je voudrais également souligner ici la fructueuse collaboration de la manifestation avec le Cercle de la Librairie et de l’ Édition Genève et, d’une manière plus générale, avec les librairies que la Cité a la chance d’abriter. En parallèle à la Fureur de lire, la Route du livre permettra aux lecteurs et lectrices de découvrir ou de redécouvrir la richesse de ces lieux du livre. A noter également que la collaboration avec les écoles s’est intensifiée : ce sont plus de 1’500 élèves qui seront invités non seulement à rencontrer les auteur-e-s et les illustrateurs/trices, mais aussi à participer aux ateliers aux noms évocateurs comme «scène de crime», «faits divers», «enquête en cours» ou «portrait-robot». Ils trouveront également leur bonheur avec les expositions «Polar et dessin» et le grand troc de livres du dimanche.
Les manifestations littéraires comme la Fureur de lire, organisées avec les acteurs du livre et les bibliothèques municipales, font partie du dispositif mis en place par la Ville de Genève pour soutenir le livre et la vie littéraire. Je tiens à ce soutien, que je juge absolument nécessaire. Les conventions passées tout récemment avec des maisons d’édition reconnues à Genève le démontrent : le livre - comme le théâtre, la musique, la danse et le cinéma - fait partie des objets culturels majeurs.