[Arts plastiques]

Muriel Olesen & Gérald Minkoff

présenté par Véronique Goël

D’une part, il y a Gérald Minkoff. Pionnier de la vidéo en Suisse, son installation Sniff, Sniff, qui mélange avec beaucoup d’humour des écrans vidéo, des chiens en peluche et l’utilisation de rayons laser, représente la Suisse à la Biennale de Venise en 1970. Grand amateur de palindromes, qu’il utilise abondamment dans ses productions, il en publie un recueil, Tir c’est écrit.

D’autre part, il y a Muriel Olesen qui expose pour la première fois en 1972 au Kunstmuseum de Bochum et commence ses recherches sur la projection des ombres avec L’ombre de l’ombre des voyelles, installation pour laquelle elle obtient en 1974 la Bourse fédérale des beaux-arts. Elle expérimente également la vidéo depuis 1973 et introduit dans ses installations la balançoire comme élément sculptural et comme support pour des projecteurs de diapositives et des moniteurs et caméras vidéo; ce dispositif permet de détourner l’image projetée de sa fixité habituelle, soit par une mise en mouvement par le spectateur soit par le mouvement de l’air.

Il y a aussi le couple Minkoff-Olesen qui explore la vidéo et travaille «ensemble». Ils se sont rencontrés en 1967 et ne se sont plus quittés. Au cours de ces presque quarante années de vie commune et de travail à deux voix, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre, l’un sans l’autre, mais jamais l’un contre l’autre, ils n’ont pas hésité à explorer des techniques très diverses pour exprimer leur relation au monde et en tirer des oeuvres où leur réflexion sur l’image, mais aussi l’humour et la drôlerie occupent une place centrale.

Parmi les différents moyens qu’ils utilisent, la photographie prendra une place de plus en plus importante pour devenir, dès le début des années 1990, leur moyen d’expression principal. Ils la pratiquent dans ses multiples facettes, mais toujours en plasticiens et souvent à contre-courant. Lorsqu’en 1987 ils décident de s’emparer du polaroïd (l’instantané le plus complet puisqu’il se révèle directement sous nos yeux) c’est avec l’une des trois seules chambres existant au monde qui permet de réaliser des images de grand format (50/60 cm). De plus, pour les deux séries L’intervalle lucide et Ombres blanches conçues par Muriel, les temps de pose peuvent atteindre quarante-cinq minutes! En 1994, ils se rendent chez Polaroid à Boston, là où se trouve l’unique caméra qui leur permet de réaliser une série d’autoportraits en couple (positif et négatif) au format 112/240 cm, série qui sera exposée, entre autres, pendant six mois à la Fondation Cartier à Paris, en 1996.

Ils aiment également intervenir dans le cadre muséal en proposant des installations en lien direct avec les oeuvres ou les objets des collections. Sortant des sentiers battus, ils interviennent aussi bien dans des musées réservés à l’art au sens strict (le Musée d’art et d’histoire de Genève en 1986, les Kunstmuseum de Soleure, Berne, Olten…) que dans des musées d’ethnographie (comme le MEN de Neuchâtel, 1992), de zoologie (Barcelone, 1995) ou encore d’archéologie (Tarragone, 1996). Les musées font volontiers appel à eux pour leur capacité à réagir avec beaucoup de subtilité aux espaces donnés et à la diversité des situations rencontrées.

Lors de leurs voyages communs à travers le monde, que ce soit en Chine, aux Etats-Unis, en Sibérie, en Inde, ou en Algérie, ils tiennent un journal photographique «à deux voix», juxtaposition de deux regards où l’on n’est jamais assuré de savoir qui est qui, et à propos duquel Gérald dira: «En mai 1992, Muriel et moi sommes partis pour le Japon (et la Corée du Sud ensuite). Chacun pour soi, mais côte à côte et prenant ici et là, parfois au même endroit et presque au même instant, des photographies. Mais sans jamais voir les mêmes choses, ne faisant pas le même voyage. Mais côte à côte toujours. Et c’est pour cela que nous montrons nos images du même jour par couples, comme en deux journaux parallèles, pour donner plus de relief au temps de la complicité.»

Ils sont également de ceux qui ont uni leur vie et leur art avec une vivacité et une fraîcheur constamment renouvelées. Par ce prix, nous sommes très heureux de pouvoir rendre hommage à Gérald Minkoff et au travail du couple Olesen-Minkoff mais aussi et surtout d’honorer maintenant Muriel Olesen et sa propre démarche qui se poursuit en «solo».

  Muriel Olesen & Gérald Minkoff

Interview audio

Entretien mené par Petra Krausz

Notice biographique

  • Muriel Olesen, née à Genève en 1948. Etudie le graphisme à Genève de 1966- 1970. Enseigne le dessin et l’histoire de l’art à l’école Toepffer à Genève de 1970- 1975. Travail artistique en vidéo, photographie, peinture, installations et performances.
  • Bourse fédérale des beaux-arts en 1974, 1975, 1982
  • Bourses Kiefer Hablitzel en 1977 et 1978
  • Gérald Minkoff, né à Genève en 1937. Meurt à Arbocet en 2009. Etudie la géologie, la biologie et l’anthropologie à l’Université de Genève de 1959 à 1963. Lehrer für Naturwissenschaften 1965-1969. Première installation vidéo en 1968.
  • Depuis 1976, expérimentation et essais photographiques.
  • Prix Art and Technology de la XIIe Biennale de São Paulo en 1973
  • Bourse fédérale des beaux-arts (section vidéo) en 1977

Publications (sélection)

«II est un pays», Palais de l’Athenée, Genève, 1976/«Mimesis», Howeg, 1977/«L’Evidence Métaphysique», Galerie Canon, Genève, 1978/«RaumTraum», Turske Fine Art, 1980/«Lyrisch? Elegisch? Heroisch?», Turske Fine Art, 1980/«Du sel au proverbe. Formes premières de l’argent», Credit Suisse, Genève, 1989/«Tralalal’art», Kunstmuseum, Bern, 1990/«Nuits de Chine», Miss Understanding for All, Genève, 1990/«Fatum Pictor», Musée des Beaux-arts de Thurgovie, 1993/«Zürich – ein Fotoportrait», Zurich, 1997/«Tir c’est écrit», Palindromes, éditions du Mamco, 1997/ «A Sumatra, l’art amusa», Kunstmuseum, Soleure, 2000/Photosuisse, Lars Müller, Baden, 2004/«Reconstructing swiss video art», 1970-1980, jrp/Ringier, 2008

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