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Historique des commémorations

Les hommages à la mémoire de Jean-Jacques Rousseau se sont multipliés à Genève dès la fin du dix-huitième siècle. Pendant la période révolutionnaire, naît même un «club des amis de Jean-Jacques». Tous les ans, le 28 juin, des cortèges et plusieurs discours rappellent l’importance de l’œuvre de Rousseau, point de départ d’une véritable réforme politique.

Après la Restauration, toute l’attention des Genevois se porte vers l’ancienne île des Barques, où l’on se propose de dresser une statue du philosophe, commandée pour l’occasion au sculpteur James Pradier. Chose faite le 24 février 1835, avec à la clef un grand rassemblement populaire.

La célébration du premier centenaire de la mort de Rousseau, en 1878, s’est quant à elle déroulée dans un contexte politique troublé par la lutte des radicaux, favorables à Jean-Jacques, et des conservateurs, beaucoup plus hostiles. Si une lutte du même ordre a lieu au même moment à Paris (les partisans de Rousseau voulant profiter de cette date anniversaire pour consolider, à travers l’image du philosophe, les fondements d’une république encore vacillante), les débats genevois mettent l’accent sur la portée d’Émile, traité d’éducation très controversé. Le caractère houleux des festivités de 1878 est rapporté par Louis Dumur dans un roman savoureux, Le Centenaire de Jean-Jacques, d’ailleurs adapté pour la scène par Monique Lachère en 1990 et proposé à cette même date au théâtre de Carouge.

En 1912, la commémoration genevoise du bicentenaire se ressent encore des débats très violents qui alimentent la vie politique française. Elle est néanmoins soutenue et justifiée à Genève par un événement qui fait date : la fondation de la Société Jean-Jacques Rousseau, en 1904. Celle-ci permet une interrogation d’ensemble sur le traitement du patrimoine genevois, les promoteurs de la Société étant à cette date responsables de la Bibliothèque Publique et Universitaire.

L’année 1978 enfin, plus proche de nous, semble marquée par une réconciliation de Voltaire et Rousseau. Les deux frères ennemis, morts la même année, sont fêtés côte à côte. C’est dire qu’après les affrontements passés, les deux grands hommes, pour reprendre une expression utilisée voici trente ans, sont «politiquement refroidis et culturellement intégrés». Ce consensus n’est pourtant qu’apparent, et le feu couve sur la cendre : les débats sont parfois tendus, les critiques restent vives, les interrogations persistent. L’année 1978 a néanmoins permis à tous les amoureux de Jean-Jacques, grâce à l’action de M. Jean Starobinski, de se retrouver autour de la figure de celui qui reste un «enfant de Genève».

 

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