Impossible, dans la mémoire collective, de dissocier Jean-Jacques Rousseau de sa ville natale : d’abord parce qu’il s’est revendiqué lui-même «citoyen de Genève» et a rappelé, dans ses écrits autobiographiques, qu’il était un enfant de Saint-Gervais ; ensuite parce que ce problème de l’identification à un lieu ou à une communauté donnée est au cœur de sa réflexion politique ; enfin parce que l’héritage de leur plus prestigieux citoyen n’a eu cesse, jusqu’au siècle dernier, de tour à tour diviser et rassembler les genevois. Mais rappelons tout d’abord les six grandes périodes de la vie de Rousseau…
De 1712 à 1728 s’étend sa période genevoise. Amplement détaillée dans le premier livre des Confessions, l’enfance de Jean-Jacques est partagée entre l’enthousiasme «républicain» qui suit les lectures de Plutarque, l’insouciance d’un très long séjour à Bossey, où il est mis en pension, et la première expérience du malheur et de l’injustice vécue chez Abel Ducommun, maître graveur, dont il devient l’apprenti.
Entre 1728 et 1742, Jean-Jacques se trouve surtout auprès de Mme de Warens. D’abord à Annecy puis à Chambéry, dans la fameuse maison des Charmettes, ces quatorze années sont celles du bonheur, dont Rousseau se souvient encore avec émotion dans la dixième des Rêveries du Promeneur solitaire, son tout dernier texte : «ce premier moment décida de moi pour toute ma vie, et produisit par un enchaînement inévitable le destin du reste de mes jours…»
Suivent, de 1742 à 1756, quinze ans durant lesquels s’accomplit le destin musical et littéraire de Rousseau : publication des deux premiers Discours et
du Devin du village, participation très active à la Querelle des Bouffons…
Il fréquente, à Paris, le milieu des philosophes.
De 1756 à 1762, Rousseau vit à l’Ermitage et au Mont-Louis, où il compose quelques-unes de ses œuvres majeures : La Nouvelle Héloïse, Émile et Du Contrat social, qu’il pensait d’abord inclure dans un grand traité intitulé Institutions politiques.
Les années 1762 à 1770 sont assurément les plus sombres
de la vie de Jean-Jacques. Décrété de prise de corps après
la publication d’Émile, il s’installe à Môtiers, où il est proprement lapidé. Réfugié en Angleterre, il
se querelle avec Hume, rentre en France et finit par se marier avec Thérèse Levasseur, sa compagne. Cette période est celle de la rédaction des Confessions,
qui ne seront publiées qu’après sa mort.
De 1770 à 1778 enfin, Rousseau et Thérèse vivent rue Plâtrière, à Paris (actuelle rue Jean-Jacques Rousseau). Rousseau y rédige ses Dialogues et les Rêveries du promeneur solitaire, avant d’emménager en 1778 chez le marquis de Girardin, à Ermenonville, où il s’éteint le 2 juillet. Le corps de Rousseau sera transféré au Panthéon en 1794.