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Baptisée taberbakht talsi, cette poterie verte est un élément précieux du trousseau de la mariée. Elle contient l'eau de sa chambre durant les quelques jours qui suivent la célébration. Le vase présente une séparation intérieure percée de cinq ou six petits trous à la base du col. Une orange entière piquée de clous de girofle, placée en équilibre sur son sommet, parfume l'eau et la chambre.
Fiche d'inventaire ETHAF 065796
La collection Anne-Marie Abderrahim Reichlen
Ce pot est généralement suspendu à un crochet de fer qui descend du plafond. On lui ajoute une calebasse dans laquelle on verse du jus d'oranges et de citrons, du sucre et des herbes aphrodisiaques.
La silhouette élégante de ce vase à deux anses, couvert d'un émail vert émeraude, témoigne du grand savoir faire des potiers algériens mozabites qui, jusqu'à la fin du XIXe siècle ont monté au tour cette céramique glaçurée verte, caractéristique de la célèbre pentapole du Mzab, d'obédience ibadite.
Sa panse comme son col sont ornementés de luxueuses bandes de cuir rouge et vert, brodées de motifs géométriques et se terminant en franges. Confectionnées par les femmes ibadites, elles rappellent les harmonies touareg.
Le service de poteries vertes était précieusement conservé par la mariée jusqu'à son décès puis était transmis à la génération suivante. Cette tradition s'est estompée à partir des années 1950. Rares sont les récipients émaillés qu'il est, semble-t-il, encore aujourd'hui possible de contempler, hormis ceux qui marquent les tombes des cimetières du Mzab.
Cimetière de Beni Isguen, Mzab, 1991. © MzabPhotos.com
Le vase mozabite taberbakht talsi constitue la pièce maîtresse d'une collection rare, réunissant 23 poteries tournées et émaillées, produites par les potiers de Malika au tournant du XXe siècle.
Cet ensemble est complété par une quinzaine d'autres récipients témoins des traditions rurales kabyles et de la wilaya de Tlemcen.
Les collections du MEG ont ainsi été enrichies en septembre 2010 de 39 poteries algériennes, grâce à la généreuse donation de la famille de l'anthropologue Anne-Marie Abderrahim Reichlen (décédée en 2009) dont la carrière fut dédiée à l'étude de l'Algérie et de ses nombreuses traditions céramiques.
Plusieurs publications de sa main, dont une thèse de doctorat consacrée à la céramique du Mzab documentent les récipients collectés dans les années 70 et 80 au cours de ses recherches, et confiés aujourd'hui au MEG.