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Ouverte en 2009, la Médiathèque du FMAC a pour objectif l’encouragement et la diffusion de l’art vidéo à Genève. Elle réunit le Fonds André Iten, l’une des plus riches et importantes collections vidéo de Suisse, ainsi que la collection vidéo du FMAC.

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ETHAF 042949

manuscrit talismanique composé de formules coraniques, carrrés magiques et d'une recette

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042949
Manuscrit talismanique composé sur ses deux faces de formules coraniques, de carrés magiques et d'une recette de victoire au jihâd, rédigée par un membre de la classe religieuse d'origine soninke, tel que le révèle son nom Mohammed « Tafsîr » Gassama
Afrique de l'Ouest. Aire culturelle soninke
19e siècle
Papier, encre. L 41,6 cm l 33,6 cm
Don du peintre et collectionneur Émile Chambon en 1981. Ancienne collection de son oncle, François Coppier, militaire engagé, dès 1895, dans les troupes coloniales françaises à la conquête du "Soudan occidental", puis administrateur colonial en Afrique Équatoriale Française jusqu’en 1928.
MEG Inv. ETHAF 042949
Le feuillet comprend au recto sur toute la page une figure talismanique et au recto, sur une demi page gauche, deux figures ou tableaux talismaniques et du texte (dont une recette talismanique) sur la même demie page droite.
Le rapport entre le ou les textes et les figures n’est pas avéré. L’hypothèse probable serait que ce feuillet provient d’un livre de recettes comme en possèdent tous les marabouts qui sont plus ou moins spécialisés dans ces techniques.

RECTO DU FEUILLET
Ce talisman est très élaboré, reprenant un modèle cruciforme répandu.
Un double couloir central en forme de croix aboutit à un carré numérique qui constitue le centre du talisman. De part et d’autre des quatre parties de couloir sont disposés deux niveaux ou étages de figures encadrées. Le premier niveau, proche et tournant autour du carré central, est formé par 4 figures comprenant du texte tandis que les figures du 2e niveau, au nombre de huit, alternent du texte et des carrés numériques. Restent les 4 figures de coin ou écoinçons, à texte, traversées par une langue ou un rectangle allongé et irrégulier, qui mentionne les noms des 4 anges habituels des talismans, Jibrîl, MIkâ’il, ‘Azrâ’îl et Isrâfîl, suivis de la formule « sur eux le salut »
Comme beaucoup de sceaux talismaniques, celui-ci est orienté et écrit dans les quatre directions (points cardinaux), si bien que pour le lire il faut tourner la feuille quatre fois à 90°. Pour compléter la sensation de rotation autour du centre, les 4 écoinçons sont transcrits en oblique. En examinant le talisman plus en détail, on constate qu’il est tout à fait structuré autour de la valeur symbolique du chiffre 4 qui, de façon analogue au chiffre 7, désigne une totalité, un ensemble, voulant signifier une action talismanique totale, « tous azimuts ». Outre les 4 directions de l’écriture et les 4 anges cités, on trouve les 4 fondateurs des écoles juridiques islamiques, à savoir Abû Hanîfa, Ibn Hanbal, Ash-Shâfi’î et Malik, dont les noms sont inscrits dans les quatre tronçons des couloirs centraux, précédés de : « Porte de l’imâm… » (les couloirs sont vus par le scripteur comme des rues d’une ville ancienne, d’où la formule « Porte de l’imâm Abû Hanîfa » etc.) et suivis de la formule « qu’Allah soit satisfait de lui ». De même on trouve les noms complets des 4 califes, successeurs de Muhammad, à savoir Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî, suivis de la même formule « qu’Allah soit satisfait de lui », inscrits dans le coin supérieur droit des quatre figures à texte du second niveau. Les textes de ces 4 figures sont les suivants, rapportés au calife mentionné :
- (Abû Bakr) : sourate 1 al-fâtiha.
- (‘Umar) : sourate 112 al-ikhlâs (unicité d’Allah) ; sourate 33 al-ahzâb, verset 25 (contre les infidèles).
- (‘Uthmân) : sourate 113 al-falq (contre le mal de…) ; sourate as-sajda 32, verset 16 (incomplet) : « Ils s’arrachent de leurs lits pour implorer leur Seigneur, par crainte et espoir(...) (faute d’orthographe au dernier mot).
- (‘Alî) : sourate 114 an-nâs (protection contre...).

Au-dessus des bords supérieurs de ces figures à texte des 4 califes, apparaissent les noms des 4 livres révélés et des prophètes qui y sont associés, à savoir la Tora et Moïse, les psaumes et David, la Distinction (= Coran) et Muhammad, l’évangile et Jésus (La grammaire est précise : les noms ne sont pas en rapport d’annexion mais juxtaposés et le premier est précédé de l’article, ce qui sous-entend que les prophètes ne sont pas les auteurs de ces livres.). Un peu plus loin, pour chacun d’eux, la formule « sur lui le salut ».
Les 4 figures ou tableaux à texte du premier niveau comprennent la répétition du même verset al-‘arsh (sourate 9 at-tawba verset 128) qui est le double talismanique du verset du trône (âyat al-kursî, s2v255), assurant de la toute-puissance divine symbolisée par les instruments du pouvoir que sont le trône et son marchepied.

En quelque sorte en écho à ce verset al-‘arsh, on trouve dans les 4 figures des écoinçons la répétition du verset du trône (âyat al-kursî), précédé par le verset 62 (incomplet de la fin) de la sourate 36 yasîn : « Et il a égaré un grand nombre d’entre vous (…)».
Dans la surface extérieure, sur les 4 pourtours de la feuille, sont inscrits, en lettres détachées, deux sigles composés par des lettres mystérieuses de début de sourate, à savoir khy’s et hm’sq, que l’on retrouve encore dans une partie du couloir, à proximité du carré central, tandis que l’autre partie comprend le verset 73 (incomplet) de la sourate 6 al-an’am, « Sa parole est vérité et à Lui le pouvoir »
Pour être complet, par ci par là, apparaît une étoile à 5 branches, dite « sceau de Salomon », ainsi que quelques rares petits ajouts, du genre « ô l’Eternel, mille (fois) ».

Restent le carré numérique central et les 4 carrés numériques du deuxième niveau. Ils sont à l’image de l’ensemble du talisman, très élaborés. En effet, le carré central est composé d’une suite de 16 nombres s’échelonnant de 5732 à 5747, avec une somme concordante de 22958 et cette somme peut être retrouvée en ligne, en colonne, en diagonale, aux quatre coins, ou pour chacun des carrés intérieurs. La difficulté consiste à découvrir la signification de ce nombre. Compte tenu de son caractère élevé, on peut envisager l’hypothèse d’une somme numérique de toutes les lettres d’une sourate. Malheureusement, ces données numériques ne sont pas disponibles. Pourrait-il s’agir de la sourate as-saff dont un verset (incomplet) entoure l’extérieur du carré, indiquant « une victoire venant d’Allah et une conquête prochaine, bonne nouvelle pour les croyants » ?

Les 4 autres carrés numériques sont identiques et se composent pareillement d’une suite numérique allant de 2726 à 2741, selon la même disposition que le carré central. Leur somme concordante est de 10934, qui pose le même problème d’interprétation que la précédente. A la différence du carré central, sans erreur – ce qui est rare – trois de ces quatre carrés comportent une erreur, ce qui pose, comme chaque fois, une question controversée : erreur volontaire, pour éviter un usage intempestif de ces carrés, ou erreur involontaire du scribe, dans sa copie ? La première explication apparaît, à l’expérience, comme la plus vraisemblable.

Carré central
5739 5742 5745 5732
5744 5733 5738 5743
5734 5747 5740 5737
5741 5736 5735 5746

Carrés latéraux (sans l’erreur qui se situe en ligne 3 colonne 3, 2732 au lieu de 2734 pour deux carrés et en ligne 2 colonne 3 pour un autre).
2733 2736 2739 2726
2738 2727 2732 2737
2728 2741 2734 2731
2735 2730 2729 2740

En conclusion, la fabrication et l’écriture de ce talisman ont été l’œuvre d’un bon lettré qui maîtrise à la fois l’usage des textes coraniques dans le cadre talismanique (voir, par exemple, l’écriture en lettres détachées) et celle, moins bien partagée, des carrés magiques. La structure graphique d’ensemble a nécessité également une attention et une organisation importantes, même si l’on sait que des modèles semblables ou analogues existent en nombre. Quels objectifs étaient assignés à ce talisman ? L’objectif d’une protection générale est le plus marqué, à travers, entre autres, les sourates talismaniques 113 et 114, auxquelles il faut joindre la 112 et la 1. Le succès est demandé avec le verset 13 de la sourate 61, laissant ouvert le choix de la nature et de la forme du succès. Une attaque répétée est faite contre les infidèles et les égarés, là aussi sans qu’on sache qui est ainsi désigné (voir cependant la recette du verso). Par contre, un arsenal assez vaste est mobilisé pour atteindre ces objectifs, avec une mise en scène structurée par des séries de quatre éléments.

VERSO DU FEUILLET
Sur la partie gauche de la page, se suivent, de haut en bas, deux tableaux ou figures talismaniques.
Le premier tableau est constitué par un carré de 10 x 10 cases présentant quatre répétitions de la sourate al-fâtiha disposée en diagonales croisées, sans la basmala. La sourate débute au centre du carré, ou presque, et se termine aux quatre coins du carré par un ‘amîn (Amen). A l’extérieur du carré, des excroissances carrées contiennent les noms des quatre anges (Jibrîl, Mikâ’îl, Azrâ’îl, Isrâfîl) ainsi que des noms divins : ô Allah, ô éternel, ô singulier, ô permanent.
Le second tableau est aussi un carré qui utilise le même dispositif pour reproduire 4 fois le verset al-‘arsh (s9v128). En excroissance, sur un côté, deux carrés numériques identiques, avec, au centre, à côté du chiffre 1 et d’un zéro erroné, le verbe zâda, ajouter, augmenter qu’on pourrait peut-être traduire par : encore ! ou : plus ! Sur l’un des côtés de ces petits carrés, les 3 premiers mots du verset al-‘arsh puis le nom de Muhammad. La somme concordante (wafq) de ces carrés est 39 (uniquement en ligne et en colonne) et sa signification reste à découvrir. Elle ne correspond pas en tout cas avec les valeurs numériques des inscriptions extérieures ni avec celle du verbe zâda ni avec des noms divins ou autres formules connues.

Carrés (identiques)
4 33 2
32 1 6
3 5 31

Le texte:
Il commence par la basmala et la tasliya, de rigueur pour les talismans alors qu’il ne s’agit ici que d’une recette. Traduction.
« Chapitre (constitué) par l’image de la noble Kaba (erreur orthographique étonnante, pour Ka’ba) d’Allah Très Haut et nous tirons profit de sa baraka ici-bas et dans l’au-delà. Amen. Celui qui l’écrit et la porte en amulette, Allah le conservera avec l’aide de 70 000 anges qui le préserveront du malheur (musîba) d’ici-bas et de l’au-delà. Celui qui l’écrit et la porte en amulette (‘allaqahâ) trouvera la grâce (karâma) et l’amour (mahabba) et la notoriété (jâh) et le respect par crainte (hayba) parmi les gens et les animaux sauvages qui te craindront, avec l’aide d’Allah Très Haut. Celui qui l’écrit et la porte en amulette Allah lui accordera la baraka, la baraka se trouvera dans ta science et dans tes paroles et dans ton épouse et ton enfant et ta descendance et ta fortune (mâluka) et dans ton esclave (‘abduka), de sorte que ta baraka apparaîtra comme le soleil dans le ciel. Celui qui la porte en amulette se sera pas affecté par une mauvaise maladie ni par un mauvais contrat ni par une mauvaise discussion (samar) ni par le mauvais œil (‘ayn suwi’) ni par une mauvaise bouche ni par aucune mauvaise créature parmi les jinns et les humains et les fauves et les animaux agressifs et les oiseaux. Celui qui la porte durant le jihâd sera protégé et enrichi et craint durant le jihâd. Le fer ne lui fera aucun mal, même s’il en tombe comme l’eau de pluie, il sera sauf par la grâce d’Allah Très Haut. S’il la porte en amulette, face au sultan et aux sultans et à l’émir, même s’il s’agit d’Etats nombreux et puissants, il sera promu, aimé et craint grâce à Allah Très haut. Sil la porte dans le jihâd il trouvera de la richesse dans le jihâd, également si la guerre s’intensifie contre lui, l’adversaire ne le verra jamais, par la grâce d’Allah, sur lui (il y aura) des ombres et des voiles impressionnants et protecteurs. Tu l’écris sur du papier (qirtâs, terme coranique pour le parchemin) et tu l’introduis dans une corne de la tête d’un dân (nom d’animal à préciser) noir puis tu l’introduis dans un récipient en cuivre rouge tu le fais cuire et tu le mélanges avec une bouillie blanche et rouge et noire et avec le reste de ? tu le disposes dans la peau d’un matou noir (hirr) et tu le noues avec un fil de fer, si tu procèdes ainsi par Allah il n’y a de divinité que lui, les outils de la guerre ne lui nuiront jamais et il ne mourra pas au jihâd par la grâce d’Allah Très Haut. Recette éprouvée. Son prix est d’un montant (nisâb) en or ou en argent ou d’un cheval ou d’un esclave ou de cauris. Attention à toi, attention à toi n’écris pour personne sans qu’il ne t’ait donné quelque chose du prix, jusqu’à ce que ton cœur soit guéri, même s’il s’agit de ton père, de ton frère ou de ta mère et voici le sceau béni, pas de force ni de puissance en-dehors d’Allah Très Haut et sublime. Terminé. C’est moi Mohammed Tafsîr Gassama. Suivant les paroles de Ibn Fûdi, qu’Allah soit satisfait de lui, amîn. Allah, vivant, permanent, supérieur (…) (sourate 59 al-hashr) verset 21 Si nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, tu l’aurais vu s’abaisser et se fendre, par crainte d’Allah. Et ces images nous les citons aux gens en espérant qu’ils réfléchiront. Verset 22 Il est lui Allah pas d’autre divinité que lui le connaisseur de l’invisible et du réel lui le miséricordieux le clément verset 23 Il est lui Allah pas de divinité sinon lui le souverain le saint le salvateur le croyant le digne de confiance le cher le dominateur l’orgueilleux, gloire à Allah dans ce qu’ils lui associent verset 24 Il est lui Allah le créateur le façonneur le formateur à lui les plus beaux noms il est glorifié par tout ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre lui le cher le sage. (sourate 24 an-nûr) Allah est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est en verre et le verre ressemble à un astre qui luit. Son feu provient d’un arbre béni, un olivier ni d’orient ni d’occident dont l’huile semble éclairer sans même que le feu ne la touche, lumière sur lumière Allah guide vers sa lumière qui il veut et Allah présente aux hommes des métaphores et Allah est savant en toute chose ».
Arrêt du texte en tout bas de page, sur une étoile à 5 branches.

En conclusion du verso, il semble que la recette ne soit pas en rapport avec l’une des figures talismaniques de cette page. Un doute peut subsister dans son rapport avec la figure talismanique de la page recto dans la mesure où celle-ci présente un carré central qui peut être assimilé à la Ka’ba et où les citations contre les infidèles, l’allusion à une victoire prochaine peuvent aller dans le sens d’un talisman pour le jihâd. Il ne semble pas que la recette corresponde par ailleurs aux citations coraniques qui la suivent. On retiendra le nom du scribe de la recette, Mohammed « Tafsîr » Gassama (orthographié Kasamâ) ; « Tafsîr » est un surnom, mettant en valeur les connaissances coraniques de son porteur, procédé habituel en Afrique de l’ouest. Gassama révèle une origine ethnique soninké d’un membre de la classe religieuse (moodi). La référence de la recette au jihâd, la protection « contre le fer », les éléments du prix du talisman, donnent à penser que ce texte appartient au 19 e siècle ; on ne manque pas de choix quant au jihâd en question Les comparaisons avec d’autres talismans anciens ayant des références analogues voire semblables seraient intéressantes. On remarquera aussi que la même figure proposée dans la recette peut servir à des objectifs divers et que, sur le plan grammatical, il existe, comme c’est souvent le cas dans ces recettes, des sauts dans le sujet des verbes (on passe de « tu » à « lui » ou « il ») mais aussi des ambigüités dans les références des pronoms personnels attachés.

Constant Hamès (2017)


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