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Repères historiques

La Chambre des Curiosités

En 1725, une Chambre des Curiosités fut créée à la Bibliothèque de Genève pour y conserver diverses machines ou instruments scientifiques, ainsi que les étrangetés animales, végétales ou minérales reçues depuis longtemps: corne de rhinocéros, coquillages étranges, racines de mandragore, pierres précieuses, etc.

Naissance d'une idée

Les naturalistes genevois de la fin du 18e siècle, les Saussure, Deluc, Jurine, Pictet, Tingry et autres Gosse ou Boissier possédaient chacun leurs collections de minéraux, d'insectes ou d'oiseaux, sans parler des herbiers ou des cabinets de physique que seuls des visiteurs étrangers ou des proches pouvaient admirer. Ainsi en 1789, Henri Boissier, professeur honoraire de Belles-Lettres à l'Académie, proposa la création d'un cabinet d'histoire naturelle pour faciliter l'initiation des naturalistes aux sciences naturelles. Cette suggestion n'eut aucune suite.

Le Musée de 1794

En 1794, au plus fort de la Révolution, il fut question de créer un Musée d'histoire naturelle dans l'Hôtel du Résident de France à la Grand-Rue.

Le 29 octobre 1794, un crédit de 30'000 livres (105'000 florins), voté par la Commission Nationale, permit l'acquisition des instruments de physique de Marc-Auguste Pictet et du cabinet d'histoire naturelle de Pierre-François Tingry. Ces deux collections, ainsi que celle de l'ancien syndic Ami Rilliet, confisquées pour non-paiement de la taxe révolutionnaire, devaient former la base d'un établissement d'enseignement et de recherche, que la loi sur l'instruction publique de 1795 consacra sous le nom de Musée.

La rémunération des professeurs ne fut pas prévue et les cours n'eurent jamais lieu. Les collections qui ne furent pas entièrement payées furent rendues à leurs anciens propriétaires. Après l'Annexion d'avril 1798, les locaux furent réquisitionnés pour y installer la préfecture du nouveau département du Léman.

De l'Ecole Centrale au cabinet Boissier (1798-1811)

Paris voulut créer une Ecole Centrale pour le département du Léman. Le résident Félix Desportes, avec l'appui du Directeur François de Neufchâteau, chargea Auguste-Pyramus de Candolle de rassembler des doubles du Muséum d'histoire naturelle de Paris pour doter Genève d'un musée d'histoire naturelle. La collection tout entière, à l'exception d'un zèbre empaillé, fut volée dans la mairie de Genève, et le musée ne vit pas le jour.

En 1811, Henri Boissier, recteur de l'Académie (la future Université), avocat, mais aussi chimiste et féru de belles-lettres, d'archéologie et de sciences naturelles, fit don de ses collections à l'Académie pour la doter d'un Musée. Ce legs, qui comportait quelques pièces que ne possédait même pas le Muséum de Paris, fut estimé à plus de 60'000 livres. Malgré cela, on ne trouva pas de local pour l'héberger et il fut entassé dans le salon de la Municipalité.

Le Musée Académique (1818-1872)

En 1816, le retour de A.-P. de Candolle, après un long séjour à Paris, la création d'une véritable chaire d'histoire naturelle et celle d'un nouveau jardin botanique annoncèrent un essor sans précédent des sciences naturelles à Genève. Ce contexte poussa le Sénat Académique à faire fonctionner le Musée qui existait théoriquement depuis 1810-11. En juillet 1818, l'administration fut confiée à un Conseil composé des professeurs appelés à y donner des cours. Les collections furent transportées à l'hôtel de l'ancien Résident de France au 11 Grand-Rue, à nouveau disponible après la fin de l'occupation française en 1814.

Conçu comme un établissement complémentaire à l'Académie, le Musée accueillit à partir de 1819 des cours publics de zoologie, de botanique, de physique et mécanique appliquées aux arts, de chimie, d'astronomie, mais aussi d'économie politique, d'histoire et jurisprudence romaines, et même d'antiquités orientales.

Le Musée fut inauguré le 9 mars 1820.

Le 10 mai de la même année, les collections du Musée académique devinrent propriété de la Ville de Genève.

Par acquisitions ou par dons, le Musée académique s'enrichit régulièrement avec les cabinets de Chapeaurouge et Marc-Auguste Pictet, ainsi que les collections Necker, Saussure, Tingry, Colladon, Jurine, Mayor, etc. Le Musée regroupa aussi des collections de numismatique, d'inscriptions antiques, d'archéologie et d'ethnologie.

Le Musée des Bastions (1872-1965)

Moins de 50 ans après l'inauguration du Musée Académique, le manque de place pour les collections se faisant sentir, il fallut envisager de nouveaux locaux. En 1838, un projet de nouveau bâtiment fut soumis aux autorités. En 1867, le Conseil municipal vota un crédit de près de 1 million de francs pour l'adjonction, au bâtiment de l'Université situé aux Bastions, de deux ailes destinées l'une à la Bibliothèque publique et l'autre au Musée.

Le nouveau Musée d'histoire naturelle des Bastions, un bâtiment de 5000 m2 et 22'000 m3, fut inauguré le 10 octobre 1872, sept mois après le décès de François-Jules Pictet, qui en avait été le principal instigateur.

En 1894, le manque de place poussa le directeur Maurice Bedot à créer un "Musée Régional", logé au Palais Eynard. Celui-ci fut occupé notamment par les collections du Musée zoologique des Alpes de Godefroy Lunel et la collection de vertébrés de Suisse de Victor Fatio présentée à l'Exposition nationale de 1896; il servit également de dépôt pour les pièces de grande taille.

C'est en 1907 que le nom de Muséum remplaça officiellement celui de Musée.

En 1910, les Autorités municipales signèrent avec l'Etat une convention par laquelle la Ville échangeait le bâtiment des Bastions contre un terrain à la place Sturm, dans le quartier des Tranchées, pour y construire un nouveau musée. En 1912, un premier vote de crédits fut annulé par référendum et votation populaire. Un second vote en 1913 fut également contesté, mais le référendum n'aboutit pas, et les plans de l'architecte genevois M. Braillard furent acceptés le 22 février 1914. Malheureusement la guerre interrompit les travaux commencés peu après.

En 1918, les fouilles abandonnées furent comblées. Le crédit initial n'étant plus suffisant, et devant l'urgence d'autres problèmes à résoudre, la Ville et l'Etat abrogèrent la convention de 1910. La construction du nouveau musée fut remise à des jours meilleurs.

A défaut d'un bâtiment, on déménagea des collections d'étude dans diverses maisons de la ville: oiseaux dans les combles de l'école primaire du Grütli, peaux de mammifères et une partie de la bibliothèque dans l'école Saint-Antoine (maison Boissier).

déménagement du Muséum

Le Muséum à Malagnou (dès 1966)

La situation était extrêmement grave: les conservateurs hésitaient à augmenter les collections, les dons étaient refusés et les galeries publiques stagnaient dans leur présentation désuète.

En 1946, le Conseil municipal ouvrit un concours pour la construction d'un nouveau musée à la route de Malagnou, sur des terrains que la Ville venait d'acquérir. Quarante-cinq architectes participèrent à ce concours au premier degré. Neuf furent sélectionnés pour le deuxième degré en 1948. Le premier prix fut attribué à Raymond Tschudin, architecte de Bâle. Toutefois, il n'y avait pas de mandat d'exécution car, après la guerre, l'argent faisait défaut. Les crédits nécessaires furent votés par le Conseil municipal en 1960. Les travaux commencèrent au début de 1961 et le 22 novembre 1963, on posa le sapin.

En 1965, le déménagement complet des Bastions à Malagnou eut lieu. Cette opération d'envergure ne prit guère plus de 6 mois, elle se déroula sans encombre et pratiquement sans pertes. Il ne fallut pas moins de 355 transports par camion et 280 transports par chariot. Au total quelque 50'000 kilos ont été déménagés dans 3200 caisses, 16'300 tiroirs, 9300 cadres d'insectes, sans compter environ 1 millier de grosses pièces et meubles.

L'ouverture au public eut lieu le 15 décembre 1966 avec l'exposition du rez-de-chaussée sur la faune régionale.

entrée du Muséum

Administration et direction du Muséum

1818-1843 Conseil d'administration

1843-1878 Commission d'administration

1878-1891 Godefroy Lunel (1814-1891), zoologue (poissons et oiseaux); auteur d'une très belle monographie Histoire naturelle des poissons du Léman, parue en 1874.

1891-1927 Maurice Bedot (1859-1927), zoologue (cœlentérés); fondateur en 1893 de la Revue suisse de Zoologie et à l'origine de la fondation en 1893 de la Société des Amis du Muséum.

1927-1953 Pierre Revilliod (1883-1954), zoologue (mammifères surtout fossiles); auteur d'une monographie sur les chiroptères, il établit la réputation du Muséum dans son activité pour la sauvegarde de la nature.

1953-1969 Emile Dottrens (1900-1990), zoologue (poissons, batraciens, reptiles, mammifères); défenseur de la protection de la nature à l'échelon cantonal, national et international, il aura la satisfaction d'inaugurer le Muséum de Malagnou fin 1966.

1969-1989 Villy Aellen (1926- 2000), zoologue (mammifères insectivores, rongeurs, chiroptères); avec l'administrateur René Descombes, il élabore le concept du nouveau Muséum et organise le déménagement des collections à Malagnou. Grand spécialiste de la faune des grottes du monde entier, avec son collègue et ami Pierre Strinati, il fut très actif dans le domaine de la biospéléologie.

1989-2005 Volker Manhert, zoologue (pseudoscorpions, siphonaptères, poissons); tout en renforçant la réputation du Musée en tant que pôle d'excellence dans le domaine de la biodiversité, il a développé les prestations offertes au public aussi bien à l'intérieur de l'institution qu'à l'extérieur.

2006- Danielle Decrouez, géologue (foraminifères du Crétacé et du Tertiaire, marbres blancs).

Bibliographie

Aellen, V. 1970. 150 ans du Muséum d'Histoire naturelle de Genève. A. Kundig Genève, 37 p. (épuisé).
Sigrist, R. 1990. Les origines de la Société de Physique et d'Histoire naturelle (1790-1822). La science genevoise face au modèle français, Genève. Mémoires de la SPHN: 45(1).
Sigrist, R. 1995. Les origines du Muséum d'histoire naturelle: 1794-1820. Revue des Musées de Genève (No spécial: Le Muséum d'histoire naturelle de Genève: 175 ans) 335: 2-6.


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