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Les Musées de Genève

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Photophore `Pulegoso`



Description
En 1928, Napoleone Martinuzzi, alors directeur artistique de la maison Venini & C., met au point un nouveau procédé technique : le verre pulegoso (bulleux). En ajoutant une certaine substance (telle que du bicarbonate de sodium) au verre en fusion, il obtient une réaction chimique qui transforme la matière. La chaleur amène en effet la substance à passer à l’état gazeux, conduisant à libérer une multitude de bulles irrégulières (puleghe dans le dialecte vénitien) dans la masse vitreuse, et à conférer à cette dernière un aspect semi-opaque.

Bien que cette technique ait été adoptée par la plupart des fabriques de Murano dans le courant des années 1930, les spécialistes du verre attribuent volontiers les pièces non signées à l’inventeur du procédé. Dans le cas présent, le style et la forme de notre photophore peuvent effectivement tout à fait s’apparenter à ceux des modèles créés par Martinuzzi, soit pour la maison Venini & C. entre 1928 et 1932, soit pour sa propre firme (Zecchin – Martinuzzi), entre 1932 et 1936.


Bibliographie & source(s)
DEBONI Franco, Murano ‘900, vetri e vetrai, Bocca Editori, Milano, 1996, 419 p., p. 367 ; DORIGATO Attilia, Le Verre de Murano, Citadelles & Mazenod, [Paris], 2003, 398 p., p. 383.

Manufacture Zecchin – Martinuzzi (1932 – 1939)

La société Vetri Artistici e Mosaici Zecchin – Martinuzzi est née de l’association de deux anciens collaborateurs de la maison Venini & C. : le sculpteur Napoleone Martinuzzi et l’ingénieur Francesco Zecchin (1894-1986). En s’écartant de la tradition classique du verre transparent et léger, leur production se distingue immédiatement de celle des autres verreries. Martinuzzi réutilise en effet les techniques qu’il a lui-même développées à partir de 1928 chez Venini & C., alors qu’il en était le directeur artistique. Ces procédés, comme le verre pulegoso (bulleux) ou la pâte vitreuse, ont la particularité de rendre ses créations opaques et épaisses. Les modèles que la jeune entreprise expose dès 1932 sont salués par la critique pour le renouveau qu’ils apportent au verre vénitien, et rencontrent un grand succès à la Triennale de Monza de 1933 et à la Biennale de Venise de 1934.

Les pièces de la maison Zecchin – Martinuzzi sont exécutées par les maîtres verriers Otello Nason (1894-1966), Francisco Martinuzzi et Alfredo Barbini, principalement d’après les dessins de Napoleone Martinuzzi (mais aussi dans une moindre mesure d’après ceux de Mario Romano et du peintre Giovanni Guerrini). Ses créations, influencées par son approche sculpturale, se composent de vases, de reproductions stylisées d’animaux, de plantes (quelquefois monumentales) et de nus féminins.

En 1936, Napoleone Martinuzzi quitte la firme Zecchin – Martinuzzi pour se consacrer pleinement à son activité de sculpteur. La verrerie prend dès lors le nom d’Ing[egnere]. F. Zecchin – Vetri Artistici e Mosaici. Francesco Zecchin est toutefois contraint de fermer son entreprise en 1939. Ses fours sont alors vendus à la maison Seguso Vetri d’Arte.

Malgré son existence éphémère, la firme Zecchin – Martinuzzi a profondément marqué l’histoire du verre vénitien de l’entre-deux-guerres, de par les formes modernistes et les techniques novatrices qu’elle a déployées dans la réalisation de ses modèles. Outre le fait que les pièces n’étaient jamais signées, leur similitude avec la production de Napoleone Martinuzzi à l’époque de son engagement chez Venini & C. rend les tentatives d’attribution extrêmement délicates.


Bibliographie & source(s)
HEIREMANS Marc, Art glass from Murano (1910-1970) / Glas-Kunst aus Murano (1910-1970), Arnoldsche, Stuttgart, 1993, 376 p., p. 309 et 349 ; HEIREMANS Marc, Murano glass : themes and variations (1910-1970), Arnoldsche, Stuttgart, 2002, 223 p., p. 188-189 ; DEBONI Franco, Murano ‘900, vetri e vetrai, Bocca Editori, Milano, 1996, 419 p., p. 81 ; BAROVIER Marino, Il Vetro a Venezia, dal moderno al contemporaneo, Federico Motta Editore, Milano, 1999, 400 p., p. 64 ; HEIREMANS Marc, 20th Century Murano glass : from craft to design, Arnoldsche, Stuttgart, 1996, 231 p., p. 222 ; L’Arte del vetro. Silice e fuoco : vetri del XIX e XX secolo, cat. expo. (Roma, Palazzo delle Esposizioni, 1992), Marsilio, Venezia, 1992, 363 p., p. 360 ; BAROVIER MENTASTI Rosa, Vetri veneziani del '900 : la collezione della Cassa di Risparmio di Venezia : Biennali 1930-1970, Marsilio, Venezia, 1994, 169 p., p. 153 ; Venetian glass : the Nancy Olnick and Giorgio Spanu collection, cat. expo. (New York, Fall 2000, The American Craft Museum), Charta / Milano, American Craft Museum / New York, 2000, 249 p., p. 240 ; DORIGATO Attilia, Le Verre de Murano, Citadelles & Mazenod, [Paris], 2003, 398 p., p. 258-268, 276, 280 et 282.

Designer Napoleone Martinuzzi (Murano, 1892 – Venise, 1977 )

Fils d’un maître verrier de Murano, Napoleone Martinuzzi suit une formation de sculpteur à l’Académie des Beaux-Arts de Venise de 1906 à 1909. En 1908, il rejoint le groupe sécessionniste Ca’ Pesaro, qui lui donne la possibilité d’exposer librement ses œuvres, hors des milieux académiques. En 1910 et 1911, il travaille à Rome dans l’atelier du sculpteur Angelo Zanelli (1879-1942). S’ensuit une intense activité créatrice. Napoleone Martinuzzi expose ses sculptures (marbres et bronzes) dans les plus importantes manifestations artistiques, aussi bien en Italie (Biennales de Venise de 1920 à 1954, et Quadriennales de Rome de 1931 à 1939), qu’à l’étranger (Paris, Bruxelles et Vienne).

Parallèlement, l’artiste devient en 1922 directeur du Musée du verre de Murano, poste qu’il occupe jusqu’en 1931. Son goût pour le verre le conduit en outre à dessiner des modèles pour la verrerie Successori Andrea Rioda (ouverte en 1921), puis à s’associer à Paolo Venini dans la fondation de la maison Venini & C. (1925), dont il devient le directeur artistique. Après avoir réalisé des pièces en verre léger et transparent, influencées par les créations de Vittorio Zecchin, Napoleone Martinuzzi met au point en 1928 le verre pulegoso (bulleux) et l’introduit, tout comme la pâte vitreuse opaque, dans sa production (vases, figurines végétales et animales, lustres, etc.). À travers ces techniques et l’invention de nouvelles formes, le designer développe peu à peu un style très insolite à Murano (le verre pulegoso sera cependant par la suite utilisé par un grand nombre de fabriques vénitiennes, compliquant toute tentative d’attribution).

En 1932, Martinuzzi quitte avec Francesco Zecchin (1894-1986) la maison Venini & C. pour ouvrir une nouvelle verrerie, baptisée Vetri Artistici e Mosaici Zecchin-Martinuzzi (ses pièces diffèrent alors relativement peu de celles imaginées pour Venini & C.). Son activité parallèle de sculpteur l’oblige néanmoins à quitter la fabrique en 1936. Napoleone Martinuzzi se tourne pourtant à nouveau vers le design du verre en collaborant dans les années 1950 avec les verreries Arte Vetro d’Alberto Seguso, puis Gino Cenedese, et en concevant dans les années 1960 et 1970 des pièces pour la fabrique Alfredo Barbini.

Napoleone Martinuzzi a été l’un des grands acteurs du renouveau du verre vénitien au XXe siècle. Il est d’ailleurs aujourd’hui considéré comme l’un des esprits les plus créatifs des années 1920 et 1930.


Bibliographie & source(s)
BAROVIER MENTASTI Rosa, Napoleone Martinuzzi : vetraio del Novecento, Il Cardo, Venezia, 1992, 172 p. ; BAROVIER MENTASTI Rosa, Vetri veneziani del '900 : la collezione della Cassa di Risparmio di Venezia : Biennali 1930-1970, Marsilio, Venezia, 1994, 169 p., p. 153 ; L’Arte del vetro. Silice e fuoco : vetri del XIX e XX secolo, cat. expo. (Roma, Palazzo delle Esposizioni, 1992), Marsilio, Venezia, 1992, 363 p., p. 343-344 ; Venetian glass : the Nancy Olnick and Giorgio Spanu collection, cat. expo. (New York, Fall 2000, The American Craft Museum), Charta / Milano, American Craft Museum / New York, 2000, 249 p., p. 240 ; COCCHI Maurizio, Vetri di Murano del ‘900 : 50 capolavori, IN.ARTE, Milano, 1991, 124 p., p. 117 ; HEIREMANS Marc, Murano glass : themes and variations (1910-1970), Arnoldsche, Stuttgart, 2002, 223 p., p. 213 ; PIÑA Leslie, Italian glass : century 20, Schiffer publishing Ltd., 2003, 239 p., p. 20.

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