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Ba, Omar (Loul Sessène/Sénégal, 1977)


One more time, 2015-2016
Peinture
Huile, acrylique, crayon de couleur et gouache sur carton
Dimensions: 197 x 69 cm
Don en contrepartie

[n° inv C 2016-021]

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)



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Omar Ba est né en 1977 au Sénégal. Il a étudié à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts du Sénégal, à la Haute Ecole d'art et de Design (HEAD) de Genève ainsi qu'à l'Ecole cantonale d'art du Valais (ECAV) où il a obtenu un master en 2011. Il a participé à l'exposition La Jeunesse est un art au Kunsthaus d'Aarau en 2012 ; il a exposé à Paris, à New York, à Milan, entre autres, et a été récompensé en 2012 par un Prix fédéral d'art. Il vit actuellement à Genève.

Après une période caractérisée par l'abstraction, l'artiste réoriente sa pratique pour se consacrer à la technique particulière qui le distingue : sur un support en carton ondulé, il pose un fond noir ou blanc qu'il rehausse d'entrelacs fins et d'enluminures colorées, élargissant la gamme chromatique de son travail. Ses tableaux déploient un univers fantasmagorique, d'où surgit une profusion de masques, de symboles animistes ou d'éléments naturels. Personnages, animaux, vêtements traditionnels, et objets folkloriques apparaissent ainsi sous des motifs traditionnels qui ne vont pas sans rappeler les origines de l'artiste. Cycle (2016) par exemple, la fresque marine qui orne la cour de l'école des Morzines à Lancy, se fait l'écho direct d'une enfance passée au bord de l'Atlantique, rythmée par la pêche et le cycle des saisons.
Voyage à travers les souvenirs d'une enfance africaine, l'œuvre n'éclipse pas pour autant les quelques quinze années qu'Omar Ba a vécu en Suisse. Les références à la culture occidentale et à la modernité sont partout dans son travail, qu'elles prennent la forme d'objets ou d'édifices, ou évoquent, de façon plus allusive, les rapports entre le Sénégal et l'Europe, le nord et le sud. En filigrane de son travail, sont ainsi interrogées, entre autres, les dérives de la colonisation, l'enrôlement des soldats sénégalais dans les deux Guerres mondiales ou l'action discutable des ONG en Afrique.
Elevée contre la violence et les inégalités, l'œuvre d'Omar Ba est surtout le reflet d'une quête d'identité, menée par un artiste élevé sur deux mondes opposés. La dialectique qui traverse toute son œuvre, entre règne humain et règne animal, progrès et nature, modernité et tradition, Occident et Afrique, inhumanité et respect, mime ainsi une réflexion sur le monde actuel que le spectateur, interpelé par une œuvre accessible et généreuse, est invité à prolonger.

One more time (2015-2016)

Avec One more time (2015-2016), Omar Ba nous livre une peinture énigmatique aux significations multiples. Le personnage, au centre du tableau, semble chercher l'attention du spectateur, invité à déchiffrer les éléments qui forment la composition : selon la perspective empruntée, la « couronne » située au-dessus du personnage révèle en effet, sous ses entrelacs de fils colorés, un véhicule militaire, alors que la zone de noir, au bas de la composition, dévoile un rat juché sur un objet que l'on peut rapprocher du masque ou du crâne d'animal renversé. De même, les différents éléments qui sortent de la terre entraînent une certaine confusion, prenant à la fois l'apparence de végétaux et de munitions d'artillerie lourde.
Si le folklore africain de la composition joue sur un répertoire varié de formes qui suggère plusieurs lectures, il dégage une violence évidente qui ne va pas sans évoquer l'histoire du Sénégal et ses sanglants détours; les drapeaux européens rappelant, entre autres épisodes, le passé obscur des colonies. Loin de se figer dans le temps, le retour sur le passé permet à l'artiste d'éclairer les rapports plus actuels qui lient l'Afrique et l'Europe et qui demeurent, en bien des points, conflictuels. Inégalités des richesses, modernité contre tradition, différences culturelles inconciliables, constituent autant de tensions qu'Omar Ba représente dans ses œuvres, de façon à susciter, chez le spectateur, une réflexion sur le monde qui l'entoure.

Arnaud Wydler