PRIX TÖPFFER GENÈVE 2020
NOMINÉE

LÉONIE BISCHOFF

«ANAÏS NIN – SUR LA MER DES MENSONGES»
Editions Casterman, 2020

Maturité artistique en poche, Léonie Bischoff, née en 1981, quitte Genève pour s’inscrire à l'Institut Saint-Luc en bande dessinée de Bruxelles. Elle signe son premier album en 2010: Princesse Suplex chez Manolosanctis. En 2013, Casterman édite Hoodoo Darlin'. Chez le même éditeur, elle s’associe à Olivier Bocquet pour adapter la trilogie de la romancière à succès Camilla Läckberg (La Princesse des Glaces, Le Prédicateur et Le Tailleur de Pierre). Avec Thomas Römer, professeur au Collège de France, elle dessine La Naissance de la Bible dans la Petite Bédéthèque des Savoirs chez Le Lombard. En 2020 paraît, chez Casterman, son projet le plus ambitieux à partir des journaux d'Anaïs Nin. Co-fondatrice de l'Atelier Mille où elle travaille depuis 2011, tout en œuvrant pour la presse belge et suisse.

Huit ans de travail et de vie partagée avec les journaux d’Anaïs Nin (1903-1977). Au final, un album de 190 pages où Léonie Bischoff propose une lecture colorisée au crayon «arc-en-ciel» de celle qui a littéralement voulu écrire et mettre en scène sa vie affective dans des journaux relus, réécrits. Entreprise courageuse de la jeune artiste qui fait face à une œuvre rassemblant plus de 110 volumes manuscrits (7 volumes édités) dont elle retient les années parisiennes : celles de la rencontre avec H. Miller et June, les retrouvailles incestueuses avec le père, le drame de l’avortement ou les expériences psychanalytiques entre 1931 et 1937. Le défi relevé est à la mesure de cette «mer des mensonges» si singulière où Anaïs Nin s’est plongée pour exister contre les valeurs morales et sociales avant l’irruption de la Seconde guerre mondiale et le retour aux USA.

illustration
illustration

PRIX TÖPFFER GENÈVE 2020
NOMINÉ

FRED FIVAZ

«PINK ROOM»
Textes de Julien Favre
Editions Le Grand Malaxeur, 2020

Fred Fivaz, né en 1973, diplômé des Arts décoratifs de Genève s'est installé dans cette ville, après avoir travaillé en France et au Québec. Dessinateur impénitent, il passe de l’affiche au tatouage en passant par la conception de pochettes de disque rock… Attentif aux procédés d’impression artisanale, il affectionne la duplication au risographe ou la sérigraphie, publiant de petits livres chez B.ü.L.b Comix, Hécatombe, Le Rouergue ou Friture. Enseignant à l’école supérieure de bande dessinée et d’illustration (ESBDI), il lance sa maison d’édition du Grand malaxeur qui accueille la série Pink room, avec la complicité de Julien Favre, Genevois né en 1979, sérigraphe (les Belges), mais aussi éditeur qui aime à produire des textes pour les dessins de Fred Fivaz (Créatures véritables).

«Essai toxicomanoïde post-corni» lit-on en couverture du no 1 de Pink Room daté de juin 2020. Le ton est donné. Ce «protofanzine» au format B5, sérigraphié en jaune et orange, joue avec les trames comme avec la structure du gaufrier (2 colonnes de 3 cases), offrant une dynamique variée. Promenade temporelle en 25 pages, à l’humour potache et grisant pour une plongée grinçante et drôle dans un monde pas si éloigné du nôtre, où dominent l’ennui et l’absurde. Affaire à suivre…

Fivaz

Fivaz
Fivaz

PRIX TÖPFFER GENÈVE 2020
LAURÉAT

PIERRE SCHILLING

«SUR LA ROAD»
Editions Collection RVB, 2020

Né en 1989 à Melbourne mais vite de retour en Suisse, Pierre Schilling se voue au dessin très jeune et se nourrit de Dragon Ball, Thorgal ou des Chroniques de la Lune Noire. En 2012, il publie Pain d’Épices aux Éditions Drozophile. A Genève, après des études de bande dessinée au CFP Arts, où il enseigne actuellement, et un Bachelor en graphisme à la HEAD - Genève, il travaille en tant que web-designer et professeur d’illustration.

Dans la ligne éditoriale revendiquée par Collection RVB, Sur La Road est une aventure ludique fondée sur la fluidité du scrolling à l’écran, jouant sur les verticales des paysages comme sur la succession des plans à voir et à lire dans un continuum facilitant les allers-retours ou les pauses. Entrée en matière orageuse où la route se dessine comme un croissant de lune… et c’est parti. Triple narration et soleil à l’horizon. Par la suite, le déploiement se fait au gré des clics du lecteur pour suivre telle ou telle branche d’une histoire déjantée, pleine de trouvailles visuelles et de clins d’œil, à l’image de cette citation inattendue du hit sirupeux de Benny Mardones, mort quasi oublié en 2020… Jeu de piste autant que road comic qui participe du plaisir éprouvé.

Schilling

Schilling

PRIX TÖPFFER DE LA JEUNE BANDE DESSINÉE 2020
NOMINÉE

ANNIE A MARCA

«IL ÉTAIT UNE FOIS»

Née en 1996, titulaire d'une maturité spécialisée en arts visuels de la Schule für Gestaltung de Bienne et Berne, Annie a Marca a obtenu en juin 2020 un bachelor en communication visuelle, option Image/Récit – Bande dessinée, illustration et animation, à la HEAD – Genève. Elle a participé à diverses expositions régionales.

«Il était une, il était dix, il était cent, il était mille, il était trop de fois»: Annie a Marca revisite l'histoire du chaperon rouge et de sa rencontre avec le loup pour parler du consentement aujourd'hui. Elle en fait une fable-manifeste, servie efficacement par un dessin en noir et blanc qui associe les à-plats et les textures diverses. Un jeu de clair-obscur et de contrastes que l'on retrouve dans l'attitude de la jeune héroïne : d'abord accueillante, elle parvient sans détour à se débarrasser du loup importun, au cours d'une scène surprenante et très graphique où ce dernier se voit découpé en morceaux par la seule force du «non» exprimé. Puissant.

Marca
Marca

PRIX TÖPFFER DE LA JEUNE BANDE DESSINÉE 2020
LAURÉAT

MELCHIOR BEST

«AU CREUX DE L A PAUME»

Né en 1996, titulaire d'une maturité OS arts visuels, Melchior Best a obtenu en juin 2020 un diplôme de l'Ecole supérieure de bande dessinée et d'illustration de Genève (ESBDI) du CFP Arts. Il a participé à différents projets collectifs. Il poursuit actuellement ses études en communication visuelle, option Image/Récit, à la HEAD – Genève.

Circulation, respiration : deux mots-clés qui accompagnent la lecture de cette proposition originale de Melchior Best. Lequel écrit dans sa note d'intention «mon projet est de traduire une petite polyphonie, un état d'écoute et d'attention au monde». Cette errance poétique qui expérimente différentes techniques graphiques (dessin, monotype) est une véritable invitation au voyage entre le dehors et le dedans, portée par le souffle de Nicolas Bouvier, cité en exergue. D'abord fermée, la paume s'ouvre au fil du texte et déroule ses chemins, tracés de liberté. Avec brio, l'auteur explore ses multiples influences (dont une certaine Dominique Goblet…) pour mieux s'en affranchir.

Melchior
Melchior

PRIX TÖPFFER DE LA JEUNE BANDE DESSINÉE 2020
NOMINÉE

MELISA OZKUL

«CHUTE LIBRE»

Née en 1997, titulaire d'un CFC de graphiste de l'Ecole d'arts visuels de Bienne, Melisa Ozkul a obtenu en juin 2020 un diplôme de l'Ecole supérieure de bande dessinée et d'illustration de Genève (ESBDI) du CFP Arts. Elle poursuit actuellement ses études en communication visuelle, option Image/Récit – Bande dessinée, illustration et animation, à la HEAD – Genève.

Dans ce récit très personnel, Melisa Ozkul raconte les derniers jours de vie d'un père bien-aimé à travers le vécu sensible d'une jeune femme, miroir de l'auteure. Le fil tendu de la narration est servi par un trait à l'encre très maîtrisé; en contrepoint, les souvenirs d'enfance, les images intimes de la douleur du père, sont évoquées par une mine grasse qui respire la tendresse. Une expérience de lecture poignante, où les émotions prennent le pas sur les aspects formels et guident vers l'essence du propos: comment accepter de laisser partir celui qui, en mourant, se libère? Un livre que l'on referme grandi·e d'une nouvelle sagesse.

Melchior
Melchior