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Beckman, Ericka (Etats-Unis d'Amérique, 1951)


Blind Country, 1989
Film 16 mm numérisé
Bande vidéo 3/4 pouce NTSC et film Super-8 numérisés sur vidéo HD, couleur, mono
Format de l'image vidéo: 4:3; Durée : 18'
Acquis en 2020

[n° inv 2020-018]

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)



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Les films d'Ericka Beckman se situent entre l'art contemporain et le cinéma expérimental. Des intrigues ludiques sur fonds noirs et en musique mettent en scène des personnages hauts en couleur et des situations qui paraissent tout droit sortis du rêve, d'une comédie musicale ou de la télévision. Influencée par la New Wave, représentante de la Pictures Generation, Ericka Beckman s'attarde sur les images bombardées par les médias de masse afin d'en questionner les messages. D'abord déstabilisé, le public est invité à (re)prendre le contrôle de sa vision.
Maître de cérémonie sous les traits du joueur d'accordéon dans Cinderella, l'artiste Mike Kelley incarne dans Blind Country des figures masculines et féminines, ainsi que des adultes et des enfants, afin de mettre des mots, des sons et des images sur nos sens, les désirs, les répulsions et les interdits que la société leur associe. Le corps masculin est mis à nu, est objectifié, son sexe devient regard, ses parties odeurs. Des associations de termes, de gestes et d'objets évoquent la découverte du monde par l'enfant ou des jeux sexuels à l'âge adulte. Dans cette vidéo, librement inspirée de "The Country of the Blind" (H. G. Wells, 1904), structurée par la performance de Mike Kelley, les espaces conçus par Ericka Beckman illustrent plus qu'ils n'expliquent les propos et dénoncent le burlesque des rôles sociaux. Par un langage formel précis et subtil, Ericka Beckman nous fait voir, entendre et comprendre que le jeu des apparences n'a plus lieu d'être.
Melissa Rérat
Comme d'autres artistes de la Pictures Generation, Ericka Beckman met à l'épreuve les représentations des médias. Ses films confrontent les signes emblématiques de la culture populaire aux actions concrètes du quotidien. À partir de dessins préparatoires, l'artiste met en scène des actes performatifs sur des plateaux de jeu. Rythmées par les musiques de Brooke Halpin, des dynamiques insolites se déploient, en contrepoint aux comportements cadrés par la compétition sportive.
La collaboration entre Ericka Beckman et Mike Kelley qui débute en 1979 se poursuit avec "Blind Country". Mike Kelley qui mime le joueur d'accordéon dans "Cinderella", écrit le script de "Blind Country" mis en scène par Ericka Beckman. Le monologue du film adapte librement la nouvelle "The Country of the Blind". Dans le récit de H. G. Wells, un aventurier est accueilli par une population d'aveugles, une assimilation qui exige, en contrepartie, de renoncer à la vue. La version filmique se condense autour des motifs de la castration et des peurs suscitées par l'altérité. Elle débute par les tabous qui fragmentent le corps en parties saines et impures, puis se poursuit avec l'apprentissage de l'ordre dans le système éducatif. Mike Kelley qui joue à tour de rôle le mauvais élève et le maître autoritaire, caricature les modèles pédagogiques de l'abstraction moderniste. Si les formes géométriques de couleurs primaires s'emboîtent comme les pièces d'un puzzle, les odeurs sensuelles des corps étrangers désagrègent les structures cadrées de la haute culture.

Geneviève Loup