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O'Neill, Amy (Beaver, PA, 1971)


Only World We Got, 2005
Dessin
Encre de Chine et fusain sur papier, cadre en bois
Dimensions : 77 x 108 x 1.5 cm (avec cadre)

Acquis en 2006

[n° inv 2006-003]

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)



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Crédits photographiques : Sandra Pointet, Carouge
 

Amy O'Neill est née en 1971 à Beaver, en Pennsylvanie et travaille aujourd'hui à Brooklyn. En puisant dans la culture vernaculaire américaine et son folklore régional, elle élabore des reconstitutions critiques – entières ou fragmentaires – d'éléments ou d'événements participant de cet imaginaire, autant sous forme de dessins, que de sculptures, de vidéos ou d'installations. En s'attaquant de surcroît à des éléments-clefs de la culture populaire du milieu du XIXe au XXe siècle, l'artiste explore les références encore très présentes dans les mœurs et l'inconscient collectif des États-Unis, puisqu'elles convoquent les valeurs ou les mythes américains comme celles du pionnier, de la nature sauvage, de la souveraineté, ou encore de religion. Ainsi, dans le projet « Victory gardens » (2010-2011), l'artiste a croisé le thème des jardins de l'effort de guerre américain de la seconde guerre mondiale (les « victory gardens ») avec le drapeau des États-Unis pour redoubler l'interdépendance des notions patriotiques, impérialistes et géorgiques que ces jardins sous-tendent.

Par ailleurs, lors de son séjour de sept ans en Suisse, elle a abordé certains aspects culturels helvétiques de la même façon, comme les chalets ou les glaciers, en les observant toutefois du point de vue de touriste américaine qu'elle était, un point de vue qu'elle a pu mettre en relation avec le voyage européen de Mark Twain (1835–1910) et son ami Joseph Twitchell dans les années 1880.

Il faut noter que le travail de l'artiste s'ancre d'abord dans une recherche documentaire sur des éléments de folklore régional, souvent issus de ses propres souvenirs d'enfance. C'est ainsi qu'elle rassemble photographies, cartes-postales, vidéos, publicités, et tout autre document renseignant le sujet ; elle filme également les lieux qui contiennent ces ruines physiques. Ces documents constituent la base de l'œuvre d'Amy O'Neill, qui se décline donc aussi graphiquement. En effet, elle effectue un important travail de re-dessin des documents qu'elle compile, pour en développer souvent (mais pas nécessairement) des installations. Principalement réalisés au graphite ou à l'encre noire, les dessins d'Amy O'Neill soulignent par le noir et blanc le caractère passé de ce qui est redessiné, un caractère d'archive, tout en produisant un effet effrayant. Mais le fait de les redessiner, plutôt que de les photocopier par exemple, indique une forme d'appropriation et de conscience de ce qui est archivé ; peut-être un désir de se ressouvenir. Ses dessins font alors aussi figure de reconstitutions.

La particularité des installations d'O'Neill réside en outre dans l'atmosphère complexe qu'elles génèrent, entre nostalgie et désenchantement, entre célébration et critique. Elles représentent tout d'abord moins l'évènement en soi, que leur ruine ou leur fantôme. La fête est finie, les installations désertes, leurs protagonistes disparus. De plus, il n'est pas rare que l'œuvre soit accompagnée d'une sélection d'archives d'époque, comme des films amateurs, des chansons, des photographies. Le violent contraste entre les ruines elles-mêmes et le caractère animé de cette documentation qui sous- contribue à l'étrangeté de l'effet produit.

En 2005, Amy O'Neill entreprend la série « Parade Floats » qui se compose de représentations principalement en noir et blanc de chars de parade américains, comme ceux de la Rose Bowl Parade qui se déroule traditionnellement le jour du Nouvel an à Pasadena, en Californie, depuis 1895. Les dessins, neutralisant la profusion de couleurs de l'événement, sont réalisés à l'encre et au fusain sur papier, à partir de documents datant des années 1930 à 1980, comme des diapositives, des photographies et des brochures d'époque. L'intérêt qu'a porté Amy O'Neill sur ce sujet provient du fait que « [les] chars de parade sont […] remarquables en raison de leurs traits décoratifs si ridiculement fantaisistes par rapport à la propagande qu'ils véhiculent. » (O'Neill, 2004) En dramatisant le dessin par la monochromie, l'artiste nous pousse à être plus attentifs à cette « propagande ». Dans une démarche ultérieure, l'artiste a également reconstruit et réinterprété certains chars issus de sa documentation – les plus contradictoires en termes de forme et message – pour les faire entrer dans son cimetière imaginaire « Parade Float Graveyard ». L'ornementation florale disparaît presque toujours pour révéler le squelette métallique des chars ; parfois les fleurs sont gardées, mais noircies, blanchies ou décolorées, conférant ainsi un effet fantomatique à l'objet commémoré. Lors de l'exposition de ses sculptures, un projecteur affichait de surcroît l'une après l'autre des diapositives de chars de parade d'époque.

Dans « Only World We Got » ( « Le seul monde qui nous ait été donné »), le char éponyme comporte de grandes images de paysages du monde ainsi qu'un large globe au centre. Le message qui nous invite à sa protection sera d'ailleurs le titre d'un ouvrage du philosophe le américain Paul Shepard (1926-1996), « The Only World We've Got », qui compile ses essais environnementalistes rédigés dans les années 1960–1970.

Lloyd Broda

Bibliographie & sources :

O'Neill, Amy. Redheaded Stranger. New York : Karma, 2014

Hamblin, Jennifer. Calgary's Stampede Queens. Surrey : Rocky Mountain Books, 2014, pp. 146-147

O'Neill, Amy ; Nickas, Bob ; Fulford, Jason, Forest, Gardens & Joe's, Paris : Centre Culturel Suisse ; New York : J. & L. Books, 2011

Fromaigeat, Séverine. « Amy O'Neill – Les lieux (dés)enchantés de l'âpre Amérique », pp. 54-59, Kunstbulletin 6/2011, juin 2011

O'Neill, Amy ; Gautherot, Franck. Amy O'Neill, Suburban Imagination. Dijon : Les Presses du Réel, 2007

O'Neill, Amy, novembre 2004, citée dans « Amy O'Neill, Parade Float Graveyard – The Vintage Years, 11 février – 15 octobre 2006 », Le Consortium, Dijon. Site web : lien externe Consulté le 05.03.2018

Grandjean, Emmanuel. « Le Centre d'Art crève l'écran », La Tribune de Genève, 19.07.2003

Pécoil, Vincent. « Amy O'Neill, notre agent au Bunker », pp. 38-40, Kunstbulletin 4/2003, avril 2003.

Article « The Royal Court ». Pasadena Tournament of Roses. Site web : lien externe Consulté le 05.03.2018

Site web de l'artiste : lien externe