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Ding, Emilie (Fribourg/Suisse, 1981)


Angles, 2008-2010
Sculpture
Béton et acier (tiges filetées)
Dimensions: 86 x 46.5 x 31 cm (chacun des deux angles)
Don en contrepartie

[n° inv C 2013-027/1 et 2]

Collection du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)



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L'artiste suisse Émilie Ding, née à Fribourg en 1981, s'inspire de l'architecture moderne du XXe siècle pour son travail de dessin et du génie civil pour ses sculptures. Alors que son œuvre graphique, de larges dessins en noir et blanc de formes élémentaires représentées seules ou en série, est issue de l'abstraction d'éléments architecturaux, ses sculptures en béton et acier empruntent à l'architecture non pas son aspect plastique ou géométrique mais plutôt sa dimension structurelle et statique.

Les pièces intitulées "Angles" (2008-2010) font partie d'une série de sculptures reproduisant des d'éléments de soutènement ou de renfort, comme des contreforts, des cornières ou des têtes d'ancrage. Issus du génie civil et sous-entendant un jeu de forces énorme, leur agencement, variant selon les espaces d'exposition, crée toujours un rapport de tension avec l'espace d'exposition, que ce soit le white cube ou les salles moulurées de bâtiments classiques. Fixés aux coins d'une pièce comme dans leur configuration originale, les "Angles", avec leurs tiges filetées apparentes, semblent jouer le rôle de raidisseurs qui ancreraient ensemble à leur intersection deux murs perpendiculaires. Pourtant, ces éléments d'ingénierie civile sont très finement réalisés : l'acier est poli et le béton, du Ductal, un matériau fibré haute-performance, résiste notamment à la patine. C'est ainsi que les objets nous ôtent du doute d'un ready-made pour plutôt nous renvoyer à une forme de minimalisme américain. Les "Angles" sont ainsi très proches des "L-Beams" réalisés par Robert Morris entre 1965 et 1972.

En 2010, Émilie Ding fut invitée à exposer ses « Angles » aux côtés d'autres sculptures de ce type ("Ancrages", "Pylônes"…) dans la salle Crosnier du Palais de l'Athénée de Genève pour une exposition qu'elle intitula "Erased". Confrontée à l'impossibilité structurelle d'ancrer ses lourdes pièces aux parois murales, elle décida de les présenter en vrac au sol. Ce mode d'installation se rapproche du "Cemetery of the Unwanted" ("Cimetière des Rebuts"), un projet théorique de cimetière imaginé en 2008, qui accueillerait des sculptures ne trouvant plus leur place respective dans les collections publiques ou privées. Cette installation confère ainsi une lecture supplémentaire au travail, en invoquant la notion de ruine. L'ensemble ainsi présenté de moulages en béton et acier paraît être ce qui subsiste d'un édifice écroulé (« effacé ») en tant qu'éléments les plus résistants, tout en trahissant peut-être également leur incapacité à vraiment consolider l'édifice disparu. Édifice ou non, leur placement à même le sol les dé-fonctionnalise. Ces objets porteraient-ils alors en eux-mêmes le germe de leur propre ruine ?

Lloyd Broda

Bibliographie et sources :

Ding, Emilie. "Sketchbook" Genève : Atelier Berlin Editions, 2016.

Perret, Mai-Thu ; Ding, Émilie et Gross, Samuel. "Emilie Ding". Cahier d'artiste 2013. Luzern ; Poschiavo : Edizioni Periferia ; Zürich : Pro Helvetia, 2013.

Gross, Samuel, and Musée de l'Athénée . Salle Crosnier. "Erased : [Emilie Ding : Société des Arts de Genève, Palais de L'Athénée, Salle Crosnier, 31 mars Au 2 mai 2010." Les Cahiers de La Classe des Beaux-arts, Société des Arts Genève 189. Genève : Société des Arts De Genève, Classe des Beaux-arts, 2010.

Munder, Heike ; Trummer, Thomas. "Displaced Fractures : On the Break Lines of Architecture and Its Bodies". Zurich : Migros Museum Für Gegenwartskunst ; Munich : Siemens Stiftung ; Zurich : Distributed by JRP/Ringier, 2011

Le Corbusier, "Vers une architecture". Paris : Les Éditions G. Crès et Cie, 1923